L’industrie automobile, bénéficiaire controversée du plan de relance européen

Usine Fiat à Turin (Italie), le 11 juillet 2019. Usine Fiat à Turin (Italie), le 11 juillet 2019.

C’est une délégation impressionnante que le lobby automobile européen avait rassemblée, ce 13 mai 2020, dans l’Europe encore confinée. Les PDG de Fiat Chrysler, Jaguar Land Rover, Scania AB, Volkswagen et bien d’autres chefs de file du secteur s’étaient réunis pour une visioconférence qui, espéraient-ils, pourrait contribuer au soutien de leur industrie, mise à mal par les restrictions de déplacements. Selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), la fermeture des usines automobiles a, de fait, entraîné une perte de production de 2,4 millions de véhicules sur les six premiers mois de 2020, avec une baisse des ventes de plus de 95 % sur les principaux marchés de l’Union européenne (UE).

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En ce 13 mai 2020, le commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, ainsi que Frans Timmermans, chargé du pacte vert pour l’Europe, étaient au rendez-vous pour écouter les doléances des constructeurs. A cette époque, l’UE était sur le point de dévoiler le plus vaste plan de relance de son histoire, baptisé Facilité pour la relance et la résilience (FRR), de 723,8 milliards d’euros. Avec cet argent largement emprunté sur les marchés financiers, la Commission européenne espère à la fois aider l’économie européenne à se relever de la pandémie et s’assurer que les Etats membres investissent dans la transition écologique et numérique.

Hybrides rechargeables

Lors de la visioconférence, les patrons de l’industrie automobile font passer leur message : un soutien considérable sera nécessaire pour qu’ils puissent rouvrir leurs sites de production et maintenir les emplois. En retour, ils promettent d’accélérer le « verdissement » du secteur, en faveur duquel leurs engagements étaient jusque-là encore timides. Lors du sommet sur le climat de Glasgow, en novembre 2021, Volkswagen, Renault ou encore BMW estimaient ainsi qu’ils vendraient toujours des voitures à carburant fossile en 2040, soulignant les incertitudes concernant « le développement d’une infrastructure mondiale pour soutenir un passage complet aux véhicules à émissions zéro carbone », selon les mots d’un représentant de BMW dans le Financial Times du 8 novembre 2021.

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Les constructeurs mettent en revanche en avant les véhicules hybrides rechargeables, fonctionnant à la fois avec du carburant et de l’électricité, comme l’une des solutions favorisant la transition verte. Une vision partagée par la Commission. La fondation de recherche allemande The Wuppertal Institute, qui a évalué les programmes de relance dans 17 Etats membres, en collaboration avec le groupe de réflexion européen sur le climat E3G, montre qu’avec des dépenses totales de 109 milliards d’euros, le secteur de la mobilité représente la plus grande part des investissements de relance dans l’UE. Sur ce montant, 23,1 milliards d’euros sont consacrés au transport routier et à l’industrie automobile, dont une part significative pour les véhicules hybrides.

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