« L’Hermione » : un champignon qui démange et délie les langues

C’est l’état de certains bois de « L’Hermione » victime de champignons. L’avarie nécessite quinze mois de travaux de réparation.

C’est l’état de certains bois de « L’Hermione » victime de champignons. L’avarie nécessite quinze mois de travaux de réparation.

Nicolas Mollo

Et l’association, qui se veut transparente, n’en dit pas grand-chose. Certes, Olivier Pagezy, son président, précise : « Les diagnostics sont attendus cet été. » Il parle d’une « avarie sérieuse, un sujet complexe qui mérite prudence et modestie ». Il reste « confiant parce que c’est réparable ». Tout le monde l’espère, les 3 000 adhérents et le grand public en particulier.

Bois verts ?

L’argument brandi par l’association a été de dire d’emblée : « L’Hermione » a été très bien construite et elle tient très bien la mer. Alors bien sûr, lorsque Guy Ribadeau-Dumas, architecte naval renommé qui est intervenu sur la reconstruction de 2003 à 2007, parle de « règles de l’art non respectées », d’amateurisme », de « bois vert », de « fuites » et d’une « absence de traitement antifongique », Olivier Pagezy sort de ses gonds. « Il a été défaillant, c’est un amateur, il règle ses comptes. Il était maître d’œuvre, à chacun sa place, le maître d’ouvrage, c’était nous ! »

Et de battre en brèche tous les arguments écrits par l’architecte naval dans un audit. Aujourd’hui, Olivier Pagezy répond : « On a mis un traitement antifongique, mais ce n’est pas suffisant. » Et il ne sait dire lequel. Sur les bois verts, idem. « Le bois n’était pas vert, peut-être que certaines pièces l’étaient, mais lesquelles ? De toute façon, l’approvisionnement en bois était à la charge de l’entreprise Asselin, pas de Ribadeau-Dumas ! »

Mais il ne parle pas de cet épisode de 2006 où l’entreprise Asselin n’avait pas livré à temps les bois payés et où « le stock existant n’était pas rangé » avec « début de pourrissement constaté », selon un mail d’Alain Bourdeaux, du conseil d’administration. Même le président d’alors, Benedict Donnelly avait écrit être d’accord « pour qu’un constat formel de carence de l’entreprise soit constaté ». Sans suite et l’entreprise Asselin est restée. Elle a été choisie pour le carénage à Bayonne.

Depuis la prise de cette photo, la frégate a été débordée sur 200 mètres linéaires et devrait l’être sur 350.

Depuis la prise de cette photo, la frégate a été débordée sur 200 mètres linéaires et devrait l’être sur 350.

Nicolas Mollo

Vices cachés ?

Mais Guy Ribadeau-Dumas n’est pas seul à parler. Ce charpentier de marine – qui préfère garder l’anonymat – par exemple : « L’Hermione a eu beaucoup de problèmes d’étanchéité. Le bois du pont était du bois de charpente dont Asselin est spécialiste. Il s’est rétracté et il y a eu des infiltrations. Déjà sur la frégate, les grosses pièces sont épaisses, donc difficiles à sécher à cœur. Si, en plus, elles sont vertes et qu’après elles se retrouvent dans un endroit noir, chaud et avec de l’humidité, ça favorise le champignon. »

Et il ajoute : « Quand il y avait des vices cachés sur certains bois, c’était camouflé avec des cales et de la peinture. » Olivier Pagezy bât l’affirmation en brèche : « Ce n’est pas la source du champignon. » Tant que les diagnostics ne sont pas tombés, on ne connaît pas la source.

“Les bateaux sont faits pour travailler, pas pour dormir. C’est le problème des bateaux du patrimoine”

L’autre argument de l’association est de dire qu’elle n’est pas la seule à subir des champignons, « mais les autres n’en parlent pas ». Pourtant, plusieurs chantiers navals expliquent : « On n’a jamais entendu parler de ça sur nos bateaux. » D’autres citent le plus vieux bateau de pêche qui navigue depuis soixante ans au Guilvinec « en parfaite santé ». D’autres ne cachent pas que c’est arrivé sur la péniche « Marie-Thérèse » ou sur le langoustier « Skellig », construit de 2006 à 2010 à Douarnenez. Son président, Jean-Marie Alidor, reconnaît : « On n’a pas mis assez d’attention, on a mal choisi le bois. Les problèmes naissent souvent au moment de la pose des pièces et apparaissent après. »

Un fournisseur de bois voit un autre facteur : « Les bateaux sont faits pour travailler, pas pour dormir. Quand ils naviguent, ils changent de température, sont ventilés, les soins se font de visu par les hommes à bord et l’entretien est permanent. C’est le problème des bateaux du patrimoine : il faut les faire naviguer au long de l’année et surtout en hiver. Sinon, à quai ils sont attaqués par le soleil et le bois se fend. »

« L’Hermione » est en carénage à Bayonne pour réparer les dégâts causés par des champignons.

« L’Hermione » est en carénage à Bayonne pour réparer les dégâts causés par des champignons.

Nicolas Mollo