LGV Bordeaux – Toulouse et Bordeaux – Dax : les opposants renfilent le bleu de chauffe

Les anti-LGV, qui ont garni la salle de l’Athénée municipal de quelque trois cents personnes, veulent envoyer dans le décor et le calendrier, et le projet lui-même. D’abord en montant le son d’ici les législatives du mois de juin. Le collectif LGV Nina – acronyme de « Ni ici, ni ailleurs » – qui vient d’être porté sur les fonts baptismaux au sud de la Gironde, prévoit déjà un événement le week-end du 4 juin. « Une semaine avant les élections, histoire de leur mettre la pression », justifie Richard Lavin, l’un de ses porte-parole.

« Le compte à rebours de la fin du projet »

Local de l’étape, Pierre Hurmic a démarré par un mot de bienvenue offensif. Le maire écologiste de Bordeaux n’a jamais fait mystère de son aversion pour le GPSO. En mars 2017, il était l’avocat qui attaquait – vainement – la DUP (déclaration d’utilité publique) des lignes à grande vitesse devant le Conseil d’État. Cinq ans plus tard, il fait partie des 81 élus signataires de l’un des deux recours contre le plan de financement. Et, à la tribune de l’Athénée, il promet que « le compte à rebours de la fin du projet est relancé. Nous nous engageons dans une bataille du rail pacifique et citoyenne ».

Il prend au mot le candidat Emmanuel Macron qui, en meeting à Marseille le 16 avril, promettait une politique écologique pour les cinq ans à venir. « J’en déduis que le projet ne se fera pas », avance Pierre Hurmic, qui ne voit pas en quoi la saignée des deux lignes dans le paysage pourrait prétendre à l’excellence écologique.

Drapeaux et banderoles ce 30 avril dans les travées de l’Athénée municipal de Bordeaux pour la tenue du meeting des anti-LGV.

Drapeaux et banderoles ce 30 avril dans les travées de l’Athénée municipal de Bordeaux pour la tenue du meeting des anti-LGV.

Jean Maurice Chacun/« SUD OUEST »

Orchestré par Denise Cassou, figure historique des « anti » dans le Sud Gironde, le défilé des orateurs visait ensuite à exposer les contrariétés des territoires tout au long des deux « pattes » du GPSO. Patrick Puech pour l’Alternative LGV Midi-Pyrénées, Alain Dewerdt pour la coordination 47 (Lot-et-Garonne), Pierre Recarte pour le Cade (Collectif des associations de défense de l’environnement du Pays basque et du sud des Landes) et Philippe Barbedienne pour la Sepanso (la fédération des associations environnementales de la région) ont contré tour à tour les raisons pour lesquelles une LGV serait devenue indispensable : la saturation supposée des lignes actuelles, les perspectives de développement du fret ferroviaire, le gain en temps de parcours…

Les opposants jugent les minutes gagnées grâce à la LGV trop faiblardes pour justifier un chèque de 14 milliards d’euros. Et très discutables pour les voyageurs des dessertes intermédiaires (Agen, Montauban, Mont-de-Marsan) qui poseraient le pied dans de nouvelles gares, aménagées à la périphérie des centres urbains. Ils mettent en avant des solutions plus économiques en régénérant les rails existants.

La grogne des ruraux a notamment emprunté la voix d’Alain Dewerdt qui a vanté l’environnement du Lot-et-Garonne, « une ressource économique importante et non un désert » sur lequel on tracerait un trait depuis un bureau d’études. Le report modal de l’avion vers le TGV, a priori favorable à la baisse des émissions de gaz à effet de serre, le laisse de marbre. « Le report modal utilisé pour remplacer l’avion, c’est internet » et les réunions en visioconférence, a-t-il risqué.