« Les scénarios esquissés sur l’inflation ou la croissance sont remis en question »

Olivier de Larouzière, directeur de la gestion obligataire de BNP Paribas Asset Management. Olivier de Larouzière, directeur de la gestion obligataire de BNP Paribas Asset Management.

Quelles sont les conséquences de la guerre en Ukraine sur les taux d’intérêt à long terme comme l’OAT 10 ans, servant de référence aux banques pour fixer les taux de leurs crédits immobiliers ?

Olivier de Larouzière. A chaque crise, les investisseurs se ruent sur les actifs sans risque, au premier rang desquels les emprunts d’Etat à long terme comme l’OAT 10 ans [obligation assimilable du Trésor], l’emprunt d’Etat de référence sur le marché français.

C’est ce que nous constatons depuis le début de la guerre en Ukraine : après un pic à 0,70 % début février, l’OAT 10 ans est revenue vers 0,40 % en raison d’achats massifs des investisseurs avant de remonter à 0,70 %.

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Pour mémoire, l’OAT était à 0 % en décembre 2021 et à – 0,40 % à son plus bas en 2021. Dans le même temps, les marchés actions souffrent (–10 % depuis le 1er janvier pour le S&P 500 américain et – 16 % pour le CAC 40). Mais au-delà de cette « fuite vers la sécurité », cette crise géopolitique majeure remet en question les scénarios qui se dessinaient sur l’inflation, la croissance économique et l’évolution de l’environnement de taux d’intérêt.

Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a laissé entendre il y a quelques semaines qu’elle envisageait une hausse de ses taux directeurs avant la fin de l’année 2022. Est-ce toujours le cas ?

Ce retour à la normale après sept années de taux directeurs en territoire négatif reste d’actualité. Les taux directeurs de la BCE sont fixés à – 0,50 % depuis septembre 2019, et le marché anticipe un retour à zéro dans un an environ. La mission de la BCE consiste à assurer la stabilité de l’inflation aux environs de 2 %. Pour l’heure, l’inflation hors matières premières et alimentation est à peu près sur ce rythme.

Mais la crise actuelle change la donne avec, notamment, l’envolée du coût des matières premières comme l’énergie et les produits agricoles, la Russie et l’Ukraine représentant près du quart des exportations mondiales de blé. Elle aura aussi un impact sur la croissance économique de la zone euro. La BCE anticipait une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 4,2 % en 2022, et envisage à présent 3,7 % dans son scénario central.

A quoi peut-on s’attendre sur le niveau des taux des crédits immobiliers dans ce contexte ?

Les coûts de refinancement des banques auprès de la BCE devraient augmenter dans le courant de l’année, même si cela sera probablement plus long que prévu. La logique voudrait qu’elles répercutent ces nouvelles conditions auprès des particuliers et des entreprises.

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