Les prix du pétrole et du gaz augmentent en France, mais le gouvernement ne veut pas demander aux citoyens des économies

Des barils de pétrole entreposés sur le site de l’entreprise Vermilion Energy, à Parentis-en-Born (Landes), en 2017.

« Chassez le gaspi, gaspi, gaspillage, dans tout le pays c’est la pénurie ! Chassez le gaspi, gaspi, gaspillage, ce petit animal, d’après ce qu’on dit, c’est lui qui nous bouffe toutes nos économies », chantait Yves Lecoq dans un tube sorti en 1979. Gaspi, cette vilaine petite bête rose apparue sur les panneaux publicitaires après le second choc pétrolier des années 1970, va-t-il ressusciter à la faveur de la flambée des prix du carburant ? Incarnation ludique du gaspillage de l’essence, ce personnage « mangeur de litres » chapeauté d’un entonnoir sur la tête devait inciter les automobilistes à rouler moins vite pour économiser l’essence.

Imaginé par l’inventeur de Bison futé, Gaspi s’inscrivait dans une vaste campagne de communication orchestrée par le gouvernement de Raymond Barre en faveur des économies d’énergie, combinant de savantes consignes – « passer les vitesses à haut régime, oui, faire ronfler le moteur, non » –, de la technologie – un boîtier vendu 700 francs pour calculer sa consommation en temps réel – et même une récompense de 10 000 francs pour le meilleur « chasseur de Gaspi ».

L’objectif ? Montrer que « l’austérité ne signifie pas forcément la tristesse », explique alors André Giraud, le ministre de l’industrie, qui promet aussi sur Antenne 2 que les « automobilistes eux-mêmes économiseront 36 milliards de centimes ». L’opération doit permettre d’économiser 300 000 tonnes d’essence chaque année. Contrairement à Bison futé, Gaspi n’est pas passé à la postérité. Abandonné dès que les prix du pétrole ont rebaissé au début des années 1980, il a disparu des radars. Et avec lui ce ton directif employé par les pouvoirs publics dans une économie encore largement administrée et rythmée par les travaux du Commissariat au plan.

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Mais voilà que quarante ans plus tard la piste des économies d’énergie réapparaît à nouveau dans un contexte de guerre. « Des utilisateurs industriels pourraient réduire temporairement leur consommation de gaz, avance ainsi, lundi 7 mars dans Les Echos, la directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor. On pourrait aussi demander aux Français de baisser leur consommation, leur chauffage. Un degré en moins sur une durée de douze mois, cela représente dix à 15 térawattheures de gaz économisé. »

Pour l’heure, l’exécutif semble rétif à tout ce qui pourrait ressembler à une contrainte, particulièrement en période électorale. « Le ministre de l’économie n’est pas là pour dire vous devez faire ceci ou vous devez faire cela », a répondu Bruno Le Maire, interrogé sur le sujet sur BFM-TV, mardi 8 mars, avant de reconnaître du bout des lèvres que « nous allons tous devoir faire un effort ». Même prudence chez Emmanuel Macron qui tend, depuis le début du quinquennat, à assimiler sobriété et décroissance, moquant cette société « amish » qu’il dit opposée au développement de la 5G.

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