Les Messagers, concours d’éloquence à Lormont : « prendre la parole à cet âge : un immense espoir »

L’histoire commence au Sénégal où Judy voit le jour à Ziguinchor. « Ma mère est partie travailler en France quand j’avais 6 ans, je l’ai rejointe à 12 », raconte celui qui découvre le bas Floirac, les immeubles de Libération et l’école Curie, puis le collège Mandela. En 5e, la révélation s’appelle Thomas Bardinet. Le cinéaste anime l’atelier de bricolage cinématographique (ABC) à deux pas. « Il est venu me chercher dans la cour, m’a planté devant une caméra et m’a dit « vas-y, dis ce que tu veux, ce que tu sens », rigole encore le jeune homme. « Il m’a sauvé la vie ! »

Judy Diallo, de Floirac à Lyon avec des rêves de théâtre plus loin encore.

Judy Diallo, de Floirac à Lyon avec des rêves de théâtre plus loin encore.

Matthias Distefano

Impro et cours Florent

Judy ne le quittera plus jusqu’au dernier et beau film en date de l’ABC, « Le Martien et la sorcière ». L’adolescent explore l’improvisation via la troupe de la Marmaille. « Le jeu et l’écriture étaient devenus un point d’ancrage dans une banlieue où on peut vite vriller. Ma mère a réalisé que ça allait être ça et rien d’autre ! » Il se hisse jusqu’au lycée professionnel d’Eysines à « démonter des ordinateurs dont je ne savais même pas servir », et le cadeau de Noël de son éducatrice l’exfiltre : un stage d’entrée au Cours Florent de Lormont.

Il intègre la première promo de l’école privée au Château du Prince noir pour y passer « trois années formidables. J’y ai découvert les classiques, me suis passionné pour la puissance de Shakespeare, joué « Othello » ou « Hamlet » ! Ibsen aussi : je rêve de monter un jour « Peer Gynt ». À Lyon, il travaille « plus en profondeur » et espère décrocher une nouvelle école de prestige, le Théâtre national de Strasbourg : « Je veux apprendre, encore. »

Suivre ses rêves

À Floirac, il a croisé l’auteur et metteur en scène Renaud Borderie, chef d’orchestre des Messagers. « Pouvoir prendre la parole à cet âge, c’est un immense espoir », dit Judy à qui on pose la question-thème de ce concours d’éloquence : qu’allons-nous faire de nos rêves ? « Laissons-les nous bousculer. C’est parfois dur de les suivre mais il le faut : je serais peut-être encore dans la rue si je n’avais pas croisé cette passion. »

Des orateurs de toute la région

Samedi 2 avril à 14 heures, huit écoliers de Lormont, six collégiens de Gironde et cinq lycéens de Nouvelle-Aquitaine, choisis chacun(e) par leur classe se mesureront dans chaque classe d’âge dans un concours d’éloquence particulier. Un travail d’une année avec les enseignants, de rencontres avec des artistes sur l’oralité, la confiance, la bienveillance et les rêves, le thème de cette deuxième édition. Entrée libre et vivement conseillée au vu de la réussite de la première.