Les industries de défense se préparent à un regain de commandes

La frégate multi-missions française (FREMM) « Auvergne D654 » entrant dans le port d’Odessa (Ukraine), le 24 décembre 2021. La frégate multi-missions française (FREMM) « Auvergne D654 » entrant dans le port d’Odessa (Ukraine), le 24 décembre 2021.

La guerre est de retour sur le Vieux Continent et avec elle s’ouvre une ère de réarmement accéléré en Europe. De nombreux gouvernements ont annoncé de fortes augmentations de leurs budgets militaires, comme l’Allemagne (+ 100 milliards d’euros) et la Suède, qui passera ses dépenses de 1,3 % à 2 % du PIB et envisage une intégration dans l’OTAN, comme son voisin finlandais. En France, avant l’invasion russe de l’Ukraine, la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 avait prévu de porter son effort de 40,9 milliards cette année à 50 milliards en 2025 (soit 2,5 % du PIB), à raison de 3 milliards supplémentaires par an. Cette loi de rattrapage pourrait être suivie d’une programmation plus ambitieuse à partir de 2025, Emmanuel Macron ayant annoncé, le 2 mars, qu’il « amplifiera l’investissement dans sa défense ».

C’est toute l’industrie européenne – mais aussi américaine – qui en profitera. Notamment Dassault Aviation (Rafale), Airbus (avions de combat et de transport, drones), Thales (radars, sonars, cybersécurité…), Nexter (blindés et armement terrestre…), MBDA (missiles), Naval Group (frégates, sous-marins…) et les milliers de PME et d’ETI qui fournissent les armées. Une base industrielle et technologique de défense qui emploie 200 000 personnes dans l’Hexagone et irrigue des territoires souvent éloignés des métropoles.

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Les industriels commencent à évaluer les conséquences sur leur activité du bouleversement géopolitique en cours. « Nous sommes aux côtés de la France qui poursuit un double effort, à la fois capacitaire et technologique, face à des menaces croissantes et de plus en plus complexes », explique Philippe Keryer, directeur général adjoint de Thales, chargé de la stratégie et de la technologie. Dépendants des commandes des armées, ils ont reçu cinq sur cinq le message du chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, sur l’urgence de se préparer à une véritable guerre.

« A la pointe de la technologie »

Il avait été relayé par le rapport de la mission des députés Patricia Mirallès (LRM) et Jean-Louis Thiériot (LR), publié deux jours avant le début de l’invasion de l’Ukraine. Sa conclusion était sans appel : la France n’a pas les moyens de mener un conflit de « haute intensité », à la fois long, meurtrier et coûteux en matériels. Polaris 21, le grand exercice aéronaval interallié réalisé à l’automne 2021 en Mediterranée, a montré que les pertes en hommes et en matériels sont importantes dès le début des combats. Le colonel Michel Goya, expert reconnu de la défense, illustrait l’attrition des forces dans ce type d’engagement : au vu des pertes russes estimées, écrivait-il, « l’armée de terre française n’aurait plus aucun équipement majeur au bout de quarante jours » (véhicules de combat, pièces d’artillerie…).

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