« Les déboires de l’usine Chapelle-Darblay racontent à la fois les difficultés de l’industrie française, de la presse papier et de l’économie circulaire »

Le directeur général de Veolia France, Jean-François Nogrette, reçoit les clés du site de la Chapelle-Darblay, à Grand-Couronne (Seine-Maritime), de la part du maire de Rouen et président de la Métropole Rouen-Normandie, Nicolas Mayer-Rossignol, le 10 mai 2022. Le directeur général de Veolia France, Jean-François Nogrette, reçoit les clés du site de la Chapelle-Darblay, à Grand-Couronne (Seine-Maritime), de la part du maire de Rouen et président de la Métropole Rouen-Normandie, Nicolas Mayer-Rossignol, le 10 mai 2022.

Nicolas Mayer-Rossignol, maire (Parti socialiste) de Rouen et président de la Métropole Rouen-Normandie, pouvait être fier, mardi 10 mai, quand il a tendu les clés de l’usine Chapelle-Darblay à son nouvel acquéreur, le groupe Veolia, associé au fabricant de pâte à papier Fibre Excellence. Le matin même, il avait officiellement acheté cette usine très symbolique au groupe papetier finlandais UPM. Symbolique, parce que les déboires à répétition de cette unité normande racontent à la fois le déclin de l’industrie française, celui de la presse papier, son principal client, et les difficultés de l’économie circulaire.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Vers un maintien du recyclage du papier à la Chapelle-Darblay

Jusqu’en 2019, l’usine Chapelle-Darblay produisait près du quart du papier journal en France et recyclait pour cela 40 % du contenu papier des poubelles jaunes de l’Hexagone. Une industrie difficile, qui a vu au cours des décennies les entreprises françaises perdre pied progressivement au profit des grands spécialistes du nord de l’Europe. Le groupe Chapelle-Darblay dépose son bilan une première fois en 1980.

Devenue le nouveau symbole de la lutte ouvrière, la société, qui fournissait plus de 80 % du papier journal de France, est sauvée par les pouvoir publics (grâce notamment à un certain Laurent Fabius, élu local), puis vendue pour un franc symbolique, en 1987, à l’homme d’affaires François Pinault. Celui-ci cède trois ans plus tard, et après de nouvelles subventions, la société au suédois Stora et au finlandais Kymmene, avec une jolie plus-value. En 2019, ce dernier, devenu UPM, jette l’éponge devant l’effondrement du marché de la presse papier et annonce la fermeture du site et le licenciement de ses 230 employés.

Minces marges bénéficiaires

Cette fois encore, la collectivité vient au secours de ce site mythique. Mais cette fois, signe des temps, non plus au nom de la préservation de l’emploi, mais de l’écologie. La Métropole Rouen-Normandie s’oppose à un projet de vente qui prévoyait la reconversion des activités et la fin du recyclage, fait jouer son droit de préemption, achète le site et le revend le même jour à Veolia.

Ainsi sera maintenue en France une unité mixant à la fois la récupération du papier et son recyclage en carton ondulé, marché en croissance avec l’essor du commerce en ligne. Cela évitera l’expédition de nos déchets papier vers des contrées lointaines, puisqu’il n’y a pas d’autres unités de ce genre en France. L’économie circulaire le sera donc vraiment… à condition que l’économie fonctionne.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Les défis de l’économie circulaire

Il y a déjà deux autres usines de carton en France. Il n’est pas sûr qu’il y ait de la place pour tout le monde et les marges bénéficiaires sont déjà minces, tandis que la conjoncture s’assombrit. Ce qui pose la question de l’insertion dans l’économie marchande de l’économie circulaire et de ses effets sur le reste de l’industrie. Encore un peu de travail en perspective pour l’édile de Rouen et un sujet de réflexion pour tous ceux qui rêvent de planifier la transition écologique.