L’équipementier CNIM, fleuron industriel en cours de dislocation

Des techniciens travaillent au programme nucléaire ITER, sur le site de CNIM, à La Seyne-sur-Mer (Var), en octobre 2016. Des techniciens travaillent au programme nucléaire ITER, sur le site de CNIM, à La Seyne-sur-Mer (Var), en octobre 2016.

C’était en mars 2021. Des salariés du groupe CNIM (anciennement Constructions navales et industrielles de la Méditerranée), établi à La Seyne-sur-Mer, dans le Var, faisaient visiter au ministre de l’économie, Bruno Le Maire, leurs ateliers, où sont fabriqués les tuyères de la fusée Ariane et les tubes lance-missiles des sous-marins nucléaires. Le locataire de Bercy avait alors annoncé au personnel que, grâce à l’Etat, leur entreprise était « définitivement sauvée ».

« Chapeau, monsieur le ministre ! », avait même lancé un délégué syndical FO. Aujourd’hui, cependant, malgré le soutien de l’Etat, qui a investi plus de 100 millions d’euros en deux ans pour tenter de maintenir à flot ce fleuron de l’industrie nationale, CNIM se trouve progressivement démantelé.

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Placée sous procédure de sauvegarde judiciaire par le tribunal de commerce de Paris en janvier, l’entreprise à actionnariat familial cède ses filiales une à une. Dans les différentes branches, qui emploient au total près de 2 700 salariés, le personnel s’inquiète. Les ennuis ont commencé début 2020, à la suite de défaillances survenues chez un sous-traitant britannique. La situation s’est ensuite aggravée avec la crise liée au Covid-19.

L’entreprise héritière des chantiers navals emploie près d’un millier de personnes à La Seyne-sur-Mer, et représente un pilier économique sur la rade depuis le règne de Napoléon III. Mais sa technicité sur des activités de pointe – du traitement des déchets hospitaliers à risque infectieux à la construction de grands instruments scientifiques du nucléaire et de l’aérospatiale, en passant par des outils liés à l’efficacité énergétique – n’a pas pu empêcher le groupe de vaciller.

« Retards abyssaux sur les chantiers »

Depuis la venue de M. Le Maire, les business plans successifs de CNIM ont tous échoué. « L’Etat a fait ce qu’il a pu », assure Bercy, qui évoque auprès du Monde un « principe de réalité ». « Nous avons avancé 105 millions sur les 120 promis. Mais après l’échec de plusieurs plans, il a bien fallu changer notre fusil d’épaule. » Depuis 2020, le groupe a souffert « de coûts sous-évalués et de retards abyssaux sur ses chantiers », et « la confiance est très entamée entre l’Etat et le groupe », ajoute le ministère.

Sa filière la plus déficitaire, baptisée Environnement, leader européen de retraitement des déchets, a été placée en redressement judiciaire. Mais, parmi les trois offres de rachat, aucune ne propose de reprendre les 350 employés de la branche. Bercy espère pouvoir améliorer « légèrement » le périmètre social des offres d’ici à la mi-mars, mais sait déjà « que la totalité des emplois ne seront pas repris ».

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