Le transport maritime mondial subit les conséquences de la guerre en Ukraine

Dans le port de Constanta, l’un des plus importants de la mer Noire, le 9 mars 2022. Ici transitent plus de 75 millions de tonnes de marchandises chaque année.

Le vraquier Banglar-Samriddhi s’apprêtait à charger une cargaison de céramique avant de mettre le cap sur l’Italie lorsqu’il a été frappé par un missile dans le port ukrainien de Mykolaïv, mercredi 2 mars, tuant l’un des vingt-neuf membres bangladais de son équipage. Quelques heures plus tard, six marins ont réussi à s’échapper de leur navire estonien juste avant qu’il coule au large d’Odessa, touché par une explosion. Sur la côte qui s’étire le long de la mer Noire, au sud de l’Ukraine, au moins 70 navires sont bloqués et plusieurs centaines de marins attendent d’être évacués. Le transport maritime, dont dépend 90 % du commerce international, subit les conséquences de la guerre en Ukraine. Entre les ports russes non desservis, les navires refoulés au Royaume-Uni ou au Canada, l’encombrement des ports en Europe du Nord ou encore la flambée du prix du carburant, les répercussions se propagent sur l’ensemble du transport maritime mondial.

L’Organisation maritime internationale (OMI), l’agence onusienne chargée d’assurer la sécurité du transport maritime, se réunit en urgence à Londres, jeudi 10 et vendredi 11 mars, pour examiner la situation des bateaux et des marins bloqués en mer Noire et en mer d’Azov. « Il faut établir un couloir bleu humanitaire pour évacuer les quelques centaines de marins ainsi que les navires », plaide Guy Platten, secrétaire général de la Chambre internationale de la marine marchande (ICS), une organisation qui représente des armateurs. Plusieurs équipages ont été évacués des ports situés à l’ouest de l’Ukraine, abandonnant leurs navires. « Il va falloir attendre des mois, après la fin du conflit, pour que les bateaux puissent sortir ou rentrer dans les ports ukrainiens, car toute navigation est devenue trop dangereuse à cause de la présence vraisemblable de mines sous-marines », avertit Ian Wilkinson, du cabinet danois Risk Intelligence, spécialisé dans la sûreté maritime.

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Ailleurs dans le monde, le rapatriement des équipages russes et ukrainiens est long et difficile. « Il y a des Ukrainiens qui veulent rentrer chez eux et les compagnies doivent les rapatrier à la frontière de leur pays, et d’autres qui préfèrent rester à bord des navires, gagner de l’argent et venir en aide à leurs proches », confie Corine Archambaud, inspectrice de la Fédération internationale des transports (ITF), au Havre.

Crainte d’une pénurie d’effectifs

Russes et Ukrainiens n’ont pas tous perçu leur salaire, en raison des sanctions occidentales mises en place contre les banques russes ou de la situation en Ukraine. Les compagnies maritimes les versent sur les comptes de banques privées russes épargnées par les sanctions, ou de banques à Chypre, et même sur des portefeuilles électroniques ou des cartes bancaires prépayées. Contactées par Le Monde, les compagnies Maersk et CMA CGM ne souhaitent pas expliquer comment elles versent leurs salaires à leurs employés russes. Alors que les Ukrainiens et les Russes constituent 14,5 % des effectifs de la marine marchande mondiale, soit 1,9 million de marins, la guerre en Ukraine fait craindre une pénurie d’effectifs qui aurait des répercussions sur l’activité. « De nombreux officiers sont originaires de ces deux pays et ils ne peuvent pas être remplacés du jour au lendemain », s’inquiète Guy Platten.

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