Le Togolais Gilbert Houngbo devient le premier Africain à prendre la tête de l’OIT

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Gilbert Houngbo en septembre 2017 à New York, siège des Nations unies. Gilbert Houngbo en septembre 2017 à New York, siège des Nations unies.

L’ancien premier ministre du Togo, Gilbert Houngbo, a été élu, vendredi 25 mars, à la tête de l’Organisation internationale du travail (OIT), devenant le premier Africain à exercer cette fonction. « Je suis profondément et absolument honoré d’être le premier représentant de la région Afrique à être choisi pour diriger l’OIT après cent trois ans » d’existence, a-t-il déclaré, après son élection à la tête de la plus ancienne agence spécialisée des Nations unies.

Il a été élu au second tour – avec 30 voix, contre 23 pour sa principale opposante, l’ex-ministre française du travail Muriel Pénicaud – par le Conseil d’administration de l’OIT, composé de 56 représentants des gouvernements, des travailleurs et des employeurs. « Vous avez écrit l’histoire », leur a-t-il assuré.

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Le résultat de l’élection, a-t-il souligné, « est porteur d’un symbolisme fort », et a affirmé : « Votre choix (…) répond aux aspirations d’un jeune Africain, d’un jeune Africain dont l’humble éducation s’est transformée en une quête de justice sociale qui a duré toute une vie. » Gilbert Houngbo, 61 ans, est natif d’une préfecture rurale du Togo et a passé la majorité de sa carrière dans les organisations internationales, où il est vu comme un haut fonctionnaire chevronné. Il prendra ses fonctions début octobre, succédant à l’ancien syndicaliste britannique Guy Ryder, en poste depuis dix ans et qui a atteint la limite des deux mandats.

Depuis 2017, Il dirige le Fonds international de développement agricole (FIDA). Mais il connaît très bien l’OIT, où il a occupé le poste de directeur adjoint (2013-2017) chargé des opérations sur le terrain. Ancien secrétaire général adjoint des Nations unies, directeur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il a été également membre de l’équipe stratégique et directeur administratif et financier de l’organisation.

« Nouveau contrat social »

Cinq candidats étaient en lice pour cette élection. Sa principale opposante était Mme Pénicaud, portée par le bloc européen. Ancienne ministre du travail de mai 2017 à juillet 2020, la Française a initié les grandes réformes sociales du quinquennat d’Emmanuel Macron, comme celles du Code du travail ou de l’assurance-chômage, vivement critiquées par les syndicats. Sur Twitter, le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle française a souligné : « Score ridicule de Muriel Pénicaud au premier tour de l’élection à la tête de l’Organisation internationale du travail. Ouf. Un syndicaliste très nettement en tête. »

Etaient également candidats l’ex-ministre des affaires étrangères de Corée du Sud, Kang Kyung-wha (2 voix), l’entrepreneur sud-africain Mthunzi Mdwaba (1 voix) et l’Australien Greg Vines, directeur général adjoint de l’OIT pour la gestion et la réforme, qui avait été éliminé au premier tour.

« Mon élection au poste de directeur général intervient à un moment trouble de l’histoire, à un moment d’incertitude pour ce que l’avenir pourrait réserver, a reconnu M. Houngbo. Le monde a besoin d’une OIT qui soit capable de résoudre les problèmes concrets des travailleurs et des entreprises. »

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Le prochain patron de l’OIT aura pour lourde tâche de faire adapter les normes de cette organisation centenaire à un marché du travail en pleine mutation sous l’effet des nouvelles technologies. D’autant que la pandémie de Covid-19 a donné un coup d’accélérateur aux technologies de télétravail.

Dans sa candidature, Gilbert Houngbo avait souligné que sa vision de l’OIT s’inspire du préambule de la Constitution de l’organisation : « Attendu qu’une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale. » « Les progrès accomplis ces dernières décennies en matière de justice sociale doivent être préservés et protégés, , avait-il écrit. Et les solutions mondiales aux nouveaux défis et opportunités doivent être centrées sur les valeurs humaines, environnementales, économiques et sociétales. En bref, un nouveau contrat social mondial s’impose. »

Le Monde avec AFP