Le succès du bilan de compétences chez des travailleurs en quête de sens ou d’une porte de sortie

Quel point commun entre Laura, ex-téléopératrice dans un centre d’appels, Tiphaine, qui a créé son entreprise après avoir été licenciée d’Airbnb, Denis, magasinier devenu assistant de gestion, Elodie, photographe indépendante, ou Chloé, avocate ? Tous ont réalisé un bilan de compétences ces deux dernières années. « Et c’est le cas d’énormément de personnes autour de moi depuis le Covid-19 », témoigne Tiphaine Szczypawka.

Créé en 1991, cet outil d’accompagnement et d’orientation accessible à tous les actifs pour faire un point sur leurs compétences et s’interroger sur leur carrière, semble connaître un regain d’intérêt. Si les données centralisées manquent, plusieurs indicateurs en témoignent. Selon la Caisse des dépôts qui pilote le compte personnel de formation (CPF) par lequel les actifs peuvent mobiliser les droits accumulés durant leur vie professionnelle, 85 000 demandes de financement de bilans de compétence par le biais du CPF ont été validées en 2021, en augmentation de 63,5 % sur un an. Au moins 100 000 pourraient être validées d’ici à la fin de l’année.

Cette appétence s’observe aussi sur les plates-formes de recherches de formation. « On assiste à une explosion des requêtes pour des bilans de compétence, constate Jérémy Plasseraud, directeur High-Tech du site Hellowork. Elles ont été multipliées par deux entre 2019 et 2020, et par quatre entre 2020 et 2021, pour atteindre plus de 105 000 demandes individuelles. Et ça continue d’accélérer. »

Un coût accessible

Comment l’expliquer ? D’abord, par des aspects pratiques. C’est une formation courte – vingt-quatre heures d’entretien sur trois mois avec un professionnel des ressources humaines –, que l’on peut réaliser en dehors de ses heures de travail, sans prévenir son employeur. Et on peut désormais la financer directement avec son CPF, pour un coût accessible : selon la Caisse des dépôts, le prix moyen d’un bilan de compétences est de 1 605 euros, quand le montant moyen des droits mobilisables par les salariés du privé est de 1 573 euros.

Ensuite, le contexte de la crise sanitaire a joué à plein. « Toutes les périodes de crises posent la question de l’orientation professionnelle et la reconversion des salariés », rappelle Aurélie Gonnet, du laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (CNRS et CNAM) qui a consacré sa thèse au bilan de compétences.

« La crise liée au Covid a généré un gros chamboulement de vie professionnelle dans mon entourage, témoigne Tiphaine Szczypawka, 34 ans. Cela faisait un moment que je me posais des questions sur mon travail, là j’ai eu le temps d’y songer ». « Quelle que soit la raison qui amène à faire un bilan, il y a toujours au départ, une insatisfaction professionnelle, un questionnement par rapport au travail, rappelle Sophie Clamens, déléguée générale de la Fédération des Centres interinstitutionnels des bilans de compétences (CIBC), un organisme public. Là-dessus, la crise sanitaire a joué un rôle d’accélérateur. »

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