Le Pays basque se dote d’un règlement musclé contre la location de meublés de tourisme

D’autres ont adopté de telles mesures, pour endiguer la prolifération des meublés de courte durée qui siphonnent l’offre en location traditionnelle. Paris, Bordeaux, Saint-Malo… Mais la CPAB inaugure la démarche à l’échelle intercommunale. Et dans une déclinaison radicale : compensation dès le premier meublé, pour les personnes physiques comme morales. Seules exceptions : les résidences principales louées aux visiteurs moins de 120 jours par an, ou la location étudiante. À l’inverse, les résidences secondaires doivent compenser dès la première nuit de location touristique.

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Pays basque : meublés saisonniers VS logement à l’année, notre dossier

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Tandis que l’Agglomération veut favoriser la location à l’année et s’apprête à voter, samedi 5 mars 2022, un nouveau règlement d’usage des logements et des mesures de compensation, le secteur de l’hébergement saisonnier avance ses pions. Il compte des soutiens économiques et politiques

La main du public

Le maire de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) et président de l’Agglomération, Jean-René Etchegaray, assume « un remède sévère ». L’action publique empoigne ici les brides d’un marché dont la magie autorégulatrice tarde à contenir le coût du logement. Dans un territoire historiquement gouverné au centre droit, 169 conseillers communautaires sur 210 votants ont validé la compensation (huit contre et 33 abstentions).

L’intense lobbying des propriétaires hébergeurs, des plateformes dont Airbnb est le symbole, de commerçants, n’a pas inhibé les élus. Une étude de l’Agence d’urbanisation atlantique et Pyrénées leur a permis de mesurer l’urgence de la situation. Dans la zone tendue, le nombre de meublés de tourisme a bondi de 130 % entre 2016 et 2020, pour dépasser 16 000 unités. Les deux tiers loués plus de 120 jours par an. Ces statistiques dessinent un glissement mercantile, intolérable pour toute une partie de la population qui peine à se loger à loyers décents.


Lobbying populaire

La situation est devenue socialement inflammable. En témoignent ces actes de vandalisme, depuis plus d’un an, contre des agences immobilières. La résurgence d’actions et slogans évocateurs des tensions passées au Pays basque. Dans une veine pacifique et assumée au grand jour, les activistes d’Alda ont engagé la bagarre avec les plateformes de meublés touristiques, occupant des « Airbnb » au fil d’opérations à la communication maîtrisée.

Environ 8 000 personne ont défilé, le 20 novembre, à Bayonne, pour revendiquer le droit d’habiter dans des conditions décentes et abordables, au Pays basque.

Environ 8 000 personne ont défilé, le 20 novembre, à Bayonne, pour revendiquer le droit d’habiter dans des conditions décentes et abordables, au Pays basque.

Bertrand Lapègue / “SUD OUEST”

Un mouvement citoyen s’est structuré, jusqu’au regroupement d’une trentaine d’associations, syndicats, partis politiques dans le collectif « Vivre et se loger au Pays basque ». 8 000 personnes ont suivi son appel à manifester, le 20 novembre 2021. Le projet de compensation se profilait déjà. Les organisateurs ne cachaient pas leur volonté de faire pression, eux aussi, sur le vote des élus.

(1) CAPB, soit les 158 communes du Pays basque français.