Landes : le producteur d’huile Oléandes pressé de toute part

« Certains de nos clients s’inquiètent de savoir si nous serons en capacité de leur livrer le volume d’huile commandé. D’autres nous demandent si le prix sera maintenu pour la récolte 2022, ou proposent que nous contractualisions dès à présent leur commande », résume Julien Saint-Palais.

À l’abri de la pénurie

En charge de commercialiser les huiles produites à partir des céréales des 95 adhérents de Protéol, une coopérative d’utilisation de matériel agricole active depuis 2012, Oléandes se sait à l’abri de la pénurie de graine. La récolte de l’année 2021 a ainsi permis de commencer à presser 23 000 tonnes de céréales – dont 65 % ont été cultivées en agriculture biologique en Nouvelle-Aquitaine et dans le Gers – pour en tirer 900 000 litres d’huile de colza ou de tournesol.

Grâce à la récolte 2021, Oléandes a commencé à presser 23 tonnes de céréales – tournesol et colza – pour en tirer 900 000 litres d’huile, dont 65 % en bio.

Grâce à la récolte 2021, Oléandes a commencé à presser 23 tonnes de céréales – tournesol et colza – pour en tirer 900 000 litres d’huile, dont 65 % en bio.

Philippe Salvat

Avec « un outil de production qui tourne à plein régime », certains négociants tentent leur chance. « Ils nous proposent d’acheter des palettes. Sauf qu’ensuite, nous n’aurions plus de quoi assurer nos commandes. » Malgré ce succès, la crispation pointe au sein du triturateur de Chalosse. « On est complètement dépassé par les prix. » Avec 80 % de la production mondiale d’huile de tournesol concentrée entre Ukraine et Russie, le cours de la céréale a perdu la boussole. « On est arrivé au millier d’euros la tonne. Pour la dernière récolte, on était entre 520 et 560 euros. » Pourtant coté sur un marché distinct, le prix du tournesol bio atteint lui aussi un prix historique.

« On est arrivé au millier d’euros la tonne. Pour la dernière récolte, on était entre 520 et 560 euros »

L’actualité remet en cause le fonctionnement vertueux voulu par les fondateurs d’Oléandes. « On était parvenu à créer une économie qui nous permettait d’échapper à la volatilité des marchés, avec une redistribution des bénéfices à des prix au-dessus des cours. Mais, cela ne sera pas tenable pour les prochaines récoltes », alerte le producteur d’huile.

Hausse des prix

« On est obligé de se reconnecter à ces marchés, sinon certains volumes pourraient ne plus nous être livrés. » La perspective que les coopérateurs privilégient le tournesol, plutôt que le maïs, ne suffit pas à éteindre les craintes de Julien Saint-Palais. « La hausse du coût des carburants, du verre, du papier », conséquence de la reprise économique post-Covid, s’ajoute à celle de la matière première.

Oléandes a fait ses comptes. « Le produit final devrait augmenter de 40 à 50 % » pour les bouteilles de 75 centilitres d’huile de tournesol, vendues entre 4 euros pour la conventionnelle et 5 euros pour la bio. Le prix devrait également se répercuter sur les autres offres du producteur d’huile. Les « clients fidèles » se retrouvent dans l’industrie agroalimentaire, pour des marinades, l’élaboration de biscuits ou la cosmétique. « Nous servons aussi des restaurateurs et des agriculteurs, qui l’utilisent dans l’alimentation ou le gavage de leurs animaux. »

Si ce dernier marché est également en crise, pour raison sanitaire, le directeur d’Oléandes reste toutefois confiant quant au plan de développement envisagé pour les années à venir. Programmé avant l’attaque de la Russie, il est ainsi question que la coopérative multiplie par deux sa production annuelle d’huile.

Une nouvelle presse doit ainsi rejoindre le site de Mugron. « De fait, on doit aussi augmenter notre capacité de stockage, avec des partenaires qui nous ont déjà assuré être en capacité de nous fournir plus de volumes. » Les travaux seraient menés au prochain printemps, pour une première presse à la récolte 2023.