Landes : inquiétude autour d’un projet d’agrivoltaïque dans les barthes de l’Adour

Ainsi, dans le Sud des Landes, ce sont des rangées de panneaux solaires produisant la consommation électrique de 5 500 foyers qu’on pourrait, pour les trois décennies à venir, apercevoir depuis le bourg de Saubusse et le pont qui enjambe l’Adour. L’investissement, estimé à environ 15 millions d’euros, est porté par BayWa r.e., une société spécialisée dans les énergies renouvelables, sur les 18 hectares de terres agricoles situées sur un contrefort des barthes d’Orist.

Société spécialisée dans les énergies renouvelables, BayWa r.e. a réalisé des photomontages équivalents à la vision humaine du parc agrivoltaïque envisagé à Orist, sur un coteau des barthes de l’Adour

Société spécialisée dans les énergies renouvelables, BayWa r.e. a réalisé des photomontages équivalents à la vision humaine du parc agrivoltaïque envisagé à Orist, sur un coteau des barthes de l’Adour

Photomontage BayWa r.e.

Présenté lors de deux permanences d’informations publiques organisées dans la bibliothèque de la commune, dans la première semaine du mois de mai, ce parc agrivoltaïque est envisagé par le porteur de projet depuis le mois de juin 2021. Une lettre d’information de BayWa r.e. précise le calendrier. « L’objectif est de déposer le permis de construire entre la fin d’année 2022 et le début d’année 2023, pour une mise en exploitation du parc agrivoltaïque en 2025. »

Kiwis et vaches

La particularité de ce site dédié à la production d’électricité solaire tiendrait au « maintien d’une activité agricole sur les parcelles », selon Manon Duprat et Raphaël Manechez, en charge de ce projet pour BayWa r.e. Comme d’autres réalisations de cette société, des arbres fruitiers seraient cultivés sous les panneaux photovoltaïques. « La densité des cellules est moindre, pour que la lumière passe, un système d’aspersion contre le gel peut aussi être installé. » À Orist, il s’agirait ainsi « de cultiver des kiwis et d’élever des vaches ».

Les panneaux solaires pourraient s’apercevoir depuis le pont de Saubusse, qui enjambe l’Adour et conduit à Orist.

Les panneaux solaires pourraient s’apercevoir depuis le pont de Saubusse, qui enjambe l’Adour et conduit à Orist.

Photomontage BayWa r.e.

Guère disposée à évoquer ce projet restant soumis à une enquête publique et une autorisation préfectorale, la propriétaire des parcelles louées, avec son frère, à BayWa r.e., confirme qu’un « jeune agriculteur » serait prêt à s’engager à leurs côtés. Elle confie la raison qui l’a poussée à abandonner la culture du maïs, comme le faisaient avant elle ses parents.

« Quand j’ai entendu parler que la zone allait être classée zéro-phyto, j’ai bien compris qu’il allait falloir que je change d’activité. Le maïs, ce n’était plus possible »

« Quand j’ai entendu parler que la zone allait être classée zéro-phyto, j’ai bien compris qu’il allait falloir que je change d’activité. Le maïs, ce n’était plus possible », pointe celle qui avait « acheté à (ses) sœurs leurs terres voilà six ans. » Cette restriction, ratifiée en novembre 2021, est liée à la proximité d’une partie des parcelles avec le forage F6 du captage d’eau géré par le syndicat Emma (Eaux Marensin Maremne Adour).

L’instauration de ce « périmètre de protection rapproché » aurait convaincu BayWa r.e. de l’opportunité d’investir « 800 000 euros par mégawatt produit » et de proposer un bail emphytéotique de trente ans aux propriétaires des terrains. « Emma nous a répondu que notre démarche correspondait à leur volonté de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires sur ces terrains », apprécie Manon Duprat.

Boniments

Présenté aux élus du Conseil municipal d’Orist en septembre 2021, et à ceux de la Communauté de communes du Pays d’Orthe et Arrigans, en novembre 2021, ce projet agrivoltaïque dispose d’un « comité de suivi ». La réunion de février dernier a permis à BayWa r.e. de lui dévoiler « les modélisations du parc » et son empreinte dans cette zone des barthes classée Natura 2000. « Six points de vue nous ont été demandés, précise Raphaël Manechez. L’objectif est que l’acceptabilité soit maximale sur ce projet. »

Ces discours ne seraient que boniments, à en croire la dizaine d’habitants d’Orist à s’inquiéter de ce projet de parc agrivoltaïque. « Les directives officielles en la matière sont très claires, la production agricole doit rester dominante et ne pas servir d’alibi agricole à la production photovoltaïque », rappelle Laurence Bénesse. Riveraine du projet avec une exploitation agricole confiée à son fils, elle parle d’une « injustice », comme celle faite à Hubert Lartigau et à son neveu, chargés de poursuivre l’activité agricole familiale.

Des habitants d’Orist s’inquiètent du projet de parc agrivoltaïque envisagé sur 18 hectares de terres proches des barthes de l’Adour.

Des habitants d’Orist s’inquiètent du projet de parc agrivoltaïque envisagé sur 18 hectares de terres proches des barthes de l’Adour.

Maïté Labeyriotte

« Si l’on ne veut plus d’agriculteur à Orist, on n’a qu’à le dire », grondent-ils, déjà échaudés de ne plus pouvoir utiliser de produits phytosanitaires sur une partie de leurs propriétés. Prêts à organiser « des actions percutantes », ces Oristois entendent bien faire entendre leur opposition aux élus du village chargés, le moment venu, de délivrer le permis de construire du parc agrivoltaïque.