La guerre en Ukraine fait caler l’industrie automobile européenne

Usine Renault à Dieppe (Seine-Maritime), le 28 janvier 2022.

De crise en crise, ou pour être plus précis, de pandémie mondiale en conflit militaire… L’industrie automobile est en train de subir une nouvelle vague majeure de déstabilisation, alors que le Covid-19 et la pénurie de semi-conducteurs avaient déjà provoqué des baisses de production historiques depuis 2020. Après l’onde de choc du virus, voici que les industriels de la voiture font connaissance avec une forme d’économie de guerre déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février.

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L’épicentre de ce nouveau séisme se situe évidemment sur le territoire des belligérants. Et le constructeur le plus exposé se trouve être le français Renault, qui vend 500 000 voitures en Russie et y possède trois grosses usines, une pour sa marque près de Moscou et deux autres dans le giron du constructeur historique AvtoVAZ (marque Lada), dont l’industriel tricolore est actionnaire majoritaire (68 % du capital). Le groupe au losange est le plus « russe » des grands industriels de la voiture, avec 40 000 salariés et une cinquantaine d’expatriés présents dans le pays.

Renault a dû stopper la production de son site moscovite depuis le début de la semaine, car les camions de pièces nécessaires à la fabrication ne passent plus la frontière. Par ailleurs, AvtoVAZ, numéro un des ventes en Russie, a annoncé, jeudi 3 mars, l’arrêt de ses usines pendant quatre jours « en raison de problèmes d’approvisionnement en semi-conducteurs ». L’industriel tricolore n’est pas le seul à voir ses opérations russes affectées par la guerre. Toujours jeudi, Volkswagen, premier constructeur européen, a annoncé stopper ses activités en Russie, où il possède deux sites de production. Les exportations de véhicules depuis la Fédération de Russie sont interrompues, et aucun véhicule des marques du groupe n’y sera livré.

Perturbations logistiques

Mercredi soir, Mercedes avait aussi annoncé qu’il mettait au point mort la production et l’exportation de véhicules assemblés en Russie. Jeudi, le ministre de l’économie allemand , Robert Habeck, s’est félicité du « soutien entier des entreprises quant aux sanctions imposées à la Russie ». Mais il y a aussi des raisons économiques à ces décisions. Après l’exclusion des banques russes du système international de paiement et de communication Swift, la fiabilité des flux financiers et des chaînes d’approvisionnement en provenance et à destination de la Russie est remise en question.

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Autre conséquence de l’effet de souffle de la guerre, le géant japonais Toyota va arrêter sa production sur place « jusqu’à nouvel ordre » à partir de vendredi 4 mars, ainsi que ses importations pour ce marché, invoquant des « perturbations de la chaîne d’approvisionnement » liées au conflit russo-ukrainien. Les autres constructeurs nippons semblent partis pour emboîter le pas du leader mondial. Suzuki, Honda et Mazda ont déjà interrompu ou réduit leurs modestes activités en Russie.

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