Jeunes adultes autistes : le Département des Landes précise son projet de « lieu de vie inédit »

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Autisme dans les Landes : les familles aidantes attendent du concret

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Le lieu de vie pour jeunes adultes autistes imaginé par le Département des Landes n’ouvrira pas ses portes avant 2025. Les familles sont impatientes, même si elles peuvent déjà se reposer sur un réseau solide, d’après Bernard Larrivière, président de l’association Autisme Landes

À l’origine du projet autisme du Département des Landes, dont la réflexion a débuté en 2018, se trouve un état des lieux, qui a mis en évidence des carences et qui a été « l’occasion d’une remise en cause », reconnaît volontiers Paul Carrère. « On a voulu recenser ce qui existait sur le terrain, les associations, les structures d’accueil, les familles en attente de solutions, pour tisser un réseau avec toutes ces personnes », explique le vice-président du Département en charge de l’autonomie et de la solidarité. « On a constaté que des associations menaient des actions formidables, comme cette Maison Bleue, à Mont-de-Marsan, qui propose des activités aux enfants autistes et permet aux parents de souffler un peu. On a aussi rencontré des familles en grande difficulté, habitées par une sorte de fatalisme parce qu’il n’y a rien pour eux, rien pour leur enfant ».

« On s’est dit qu’il fallait le créer, ce lieu de vie inédit, qu’il fallait redonner de l’espoir »

Bien sûr, il existe dans les Landes des structures pour l’accueil des personnes handicapées. Les enfants avec handicap mental ou déficience intellectuelle sont pris en charge (uniquement la journée) dans les IME, les instituts médico-éducatifs. Les adultes peuvent être envoyés dans les foyers d’accueil médicalisés ou les maisons d’accueil spécialisées. Le problème, c’est que les places manquent (tous handicaps et âges confondus, les Landes disposent de 131 places, d’après un décompte du Département) et qu’aucune structure n’offre une prise en charge adaptée au spectre très large de l’autisme. « On s’est dit qu’il fallait le créer, ce lieu de vie inédit, qu’il fallait redonner de l’espoir », se souvient Paul Carrère.

Combien d’autistes et de familles attendent son ouverture, au juste ? « Difficile à dire, répond Françoise Fiton, la référente du projet autisme au Département. Le taux de prévalence de l’autisme dans la population française est de 1 %, ce qui équivaudrait à 34 naissances par an chez nous. On estime qu’il y a 4 000 autistes dans les Landes. »

« Un habitat inclusif »

Le projet, intitulé « Chacun sa vie, chacun sa réussite », sort du même creuset que celui qui a présidé à la conceptualisation du Village Landais Alzheimer, ouvert à Dax en 2020 : « C’est-à-dire un habitat inclusif, un lieu de vie tourné vers l’extérieur pour décloisonner le handicap », résume Françoise Fiton. Il accueillera des autistes âgés de 15 à 25 ans, « en situation de rupture ». « On a décidé de cibler les adolescents et les jeunes adultes, parce qu’ils se situent à un moment charnière, un moment de fragilité où les difficultés sont décuplées », précise Paul Carrère.

Comme pour le Village Landais Alzheimer, le Département peut d’ores et déjà s’appuyer sur l’expertise d’un comité scientifique, présidé par le Dr Catherine Barthélémy, pédopsychiatre et professeure émérite au CHRU de Tours. Par souci d’équilibre, c’est Mont-de-Marsan qui a été choisie, « mais je ne vous donne pas le nom du quartier, pas encore, sourit Françoise Fiton. Ce sont les habitants du quartier qui seront les premiers informés. »

Le campus

En 2024 vont ainsi débuter les travaux de trois maisons avec jardin. « Ce premier espace partagé, on l’appelle le campus. C’est là que vont vivre en autonomie encadrée quinze jeunes adultes autistes. Ils seront aidés au quotidien par un maître de maison, un éducateur spécialisé qui supervisera la préparation des repas, les soins d’hygiène, etc. ». À côté, un studio permettra à ces jeunes adultes de recevoir la visite de leurs proches, comme ils le feraient dans leur propre appartement. La journée, ils iront dans « l’atelier, un lieu d’apprentissages multiples où des professionnels vont les aider à développer leurs compétences. Qu’ils soient verbaux ou non verbaux, les autistes ont tous quelque chose à apporter à la société », insiste Françoise Fiton. Troisième lieu, « la halle, lieu de rencontre par excellence, ouvert au public. On imagine des résidences d’artiste, un salon de thé… Tout est possible », conclut-elle.

« Qu’ils soient verbaux ou non verbaux, les autistes ont tous quelque chose à apporter à la société »

Les jeunes autistes resteront dans ce lieu de vie deux à trois ans maximum, d’abord pour assurer un roulement, ensuite par souci d’efficacité, pour les aider à développer le plus d’autonomie possible. « Il n’est pas question de les lâcher dans la nature après, insiste Paul Carrère. On est en train de réfléchir, avec les associations et les bailleurs sociaux, au développement d’une nouvelle offre de logements sur le territoire pour ce public spécifique », poursuit-il.

Des projets sont déjà lancés, en collaboration étroite avec plusieurs associations. Preuve que le Département n’est pas seul à la manœuvre, une première journée de rencontres entre familles, enfants autistes, membres du comité scientifique, professionnels de santé et associations est organisée vendredi 6 avril. Ouverte au public, elle aura lieu de 9 à 17 heures, salle Lamarque-Cando, 3, allée Raymond-Farbos, à Mont-de-Marsan.