Infographie. Bordeaux : les chiffres du « sans-abrisme » examinés à la loupe

Pour mieux connaître cette réalité, la Ville de Bordeaux a participé pour la première fois, le 20 janvier, à la Nuit de la solidarité, une opération de comptage et d’enquête. Les résultats détaillés de cette démarche ont été dévoilés le vendredi 3 juin à la mairie. « C’était un engagement de campagne et c’est avec beaucoup d’émotion que nous vous présentons cette restitution », a commenté Harmonie Lecerf, adjointe au maire en charge des solidarités.

La Nuit de la solidarité a permis de faire émerger une double réalité. Celle de la ville et celle des bidonvilles

450 bénévoles, 165 agents de la municipalité, de la Métropole et du centre communal d’action sociale (CCAS) : le 20 janvier, une petite armée a quadrillé la ville, divisée en 91 secteurs. Leur travail a permis de faire émerger une double réalité. Celle de la ville et celle des bidonvilles. Sur 599 sans-abri recensés, 189 % vivent dans la rue (31,5 %) et 410 dans des campements précaires (68,5 %).

À la suite de la publication des premiers chiffres, en janvier dernier, la préfecture de la Gironde avait dénoncé « l’amalgame des situations » dans ce décompte et le fait qu’aucun des sondés n’avait fait appel au 115 pour solliciter un hébergement d’urgence.

« À l’époque, nous n’avions pas souhaité rentrer dans la polémique, car après avoir déployé une énergie immense, il ne nous en restait pas », a répondu Harmonie Lecerf, sollicitée sur ce point vendredi. « Depuis, le maire s’est exprimé auprès de la préfète pour expliquer comment nous nous étions organisés méthodologiquement. On mettra ça sur le compte d’une émotion causée par des chiffres qui nous heurtent tous. »

Harmonie Lecerf (au micro), adjointe au maire de Bordeaux en charge des solidarités, présente la synthèse des résultats de la Nuit des solidarités, le 3 juin 2022.

Harmonie Lecerf (au micro), adjointe au maire de Bordeaux en charge des solidarités, présente la synthèse des résultats de la Nuit des solidarités, le 3 juin 2022.

G. B.

Portrait-robot

Passé la bataille de chiffres, « La Nuit de la solidarité a permis de sortir ces personnes de l’invisibilité, de disposer de données riches d’enseignement », se félicite Harmonie Lecerf. « Savoir, c’est pouvoir et cette observation sociale est le gage d’une action sociale adaptée à la réalité. »

Emmanuel Langlois et Yamina Meziani, les deux chercheurs en sociologie de l’Université de Bordeaux qui composent le comité scientifique de l’opération, ont dressé le portrait-robot statistique des sans-abri bordelais (voir infographies ci-dessus). Dans la rue, ce sont plutôt des hommes (81,5 %). En bidonville, des familles (43 % de femmes). Contrairement à certaines idées reçues, le travail déclaré est la source de revenus la plus citée (29 % au total), devant le travail non déclaré (19 %), les prestations sociales (18 %) et la mendicité (14 %). La part des travailleurs est plus importante encore dans le cas particulier des bidonvilles.

Autre enseignement : les sans-abri ne sont pas de passage. La majorité vit à Bordeaux depuis plus d’un an. Ils sont aussi une majorité à être arrivés à Bordeaux sans logement (64 %).

Pierre Hurmic :  « Nous ne sommes pas à la fin d’une démarche, mais bien au contraire au début. »

Pierre Hurmic : « Nous ne sommes pas à la fin d’une démarche, mais bien au contraire au début. »

G. B.

Forte de ces données, comment la Ville va-t-elle orienter son action publique ? « Déjà, nous allons continuer à mener cette opération, annonce Harmonie Lecerf. Puis nous allons constituer des groupes de travail pour donner des suites collectives à ces chiffres qui nous engagent : nouvelle halte de jour, multiplication des douches, utilisation du patrimoine vacant…  » Comme l’a résumé le maire Pierre Hurmic, à qui est revenu le mot de la fin : « Nous ne sommes pas à la fin d’une démarche, mais bien au contraire au début. »