Immobilier en Pays Royannais : « On est en train de défigurer les petites communes »

La question de savoir s’il faut continuer à accueillir toujours plus d’habitants sur le territoire alors que les infrastructures, notamment routières, ne suivent pas toujours pourrait se poser. Exemple à Breuillet où un projet immobilier de 70 logements doit voir le jour à Taupignac, un lieu-dit d’environ 250 habitants. Une bonne partie de ces derniers dénonce la densification de ce programme. « Nous aurions pu habiter à Saint-Palais-sur-Mer. Si on a choisi de venir s’installer à Taupignac, c’est justement parce que c’est plus calme. Avec ce projet, on redoute que notre qualité de vie en pâtisse », glisse un couple.

La réunion publique organisée à Breuillet pour présenter les projets immobiliers la semaine dernière a été assez houleuse.

La réunion publique organisée à Breuillet pour présenter les projets immobiliers la semaine dernière a été assez houleuse.

E. M.

Un autre montre une photo de son jardin. « C’est la vue qu’auront les futurs habitants sur notre extérieur. On va perdre toute intimité », fait remarquer Jean-Philippe. À côté, un voisin du projet peste également. « Ici, il n’y a pas de commerce. Les gens vont devoir prendre leur voiture pour se déplacer. Or, les voitures devront emprunter une petite route qui traverse le lieu-dit et qui n’est pas du tout calibrée pour recevoir un tel trafic. C’est du n’importe quoi ! » Les critiques fusent. « On fait venir de plus en plus d’habitants sur le territoire mais il n’y a pas de travail… »

« Le problème est que beaucoup de gens ne peuvent pas se loger dans les stations balnéaires de bord de mer alors que pour certains ils y travaillent. On les met où ? »

Les maires, eux, avouent être un peu dépassés. « Ce sont des projets privés. S’ils entrent dans le cadre du Plan local d’urbanisme (PLU), on ne peut pas les refuser », fait valoir le maire de Breuillet Jacques Lys, « le cul entre deux chaises. » « D’un côté l’État va nous menacer d’amendes parce que nous n’aurons pas assez de logements sociaux dans les années qui viennent alors que la population va atteindre le seuil fatidique de 3 500 et de l’autre une partie de la population locale est mécontente de voir des programmes immobiliers pousser à côté de chez elle. Ce que je peux comprendre. »

La chasse aux logements sociaux est devenue un sport municipal. À Royan, par exemple, on se félicite que les différents programmes immobiliers en cours ou juste terminés « apportent une bouffée d’oxygène avec la livraison de 469 logements aidés supplémentaires ».

Un réseau routier à revoir

Les Plans locaux d’urbanisme, qui sont revus un peu partout, permettent désormais pour la plupart de construire en hauteur et donc de densifier davantage. À Breuillet, les constructions de Taupignac auront deux étages. Cette urbanisation galopante a aussi des répercussions sur tout le territoire. « Qui a eu cette idée de rocade à une seule voie autour de Royan ? Franchement, ce n’était pas un visionnaire. Elle sature même hors saison estivale maintenant. Il aurait fallu prévoir une 2×2 voies », glisse un maire de la presqu’île d’Arvert. En espérant, déjà, que le bouchon de l’entrée de Royan par Médis saute avec le réaménagement routier.

Les exemples de collectifs de riverains en colère fleurissent un peu partout. Comme celui qui s’oppose à la construction de 26 maisons avec étage sur un terrain de 3 400 mètres carrés à Arvert rue du Moulin-Brûlé. « Sous prétexte de rentabilité, on va entasser des gens les uns sur les autres », dénonce Gérard, un habitant du secteur qui parle de « cages à lapins ».