Immobilier en Gironde : le rebond attendu du neuf n’a pas encore eu lieu

Autre inquiétude : historiquement, le territoire bordelais produisait beaucoup en secteur aménagé. Or, là encore, les ventes ont fortement baissé, de 18 % par rapport à 2020 et de 38 % par rapport à 2019. Le secteur a souffert du Covid, mais aussi des atermoiements et changements liés aux dernières élections.

Christophe Duportal, président de l’Oiso.

Christophe Duportal, président de l’Oiso.

Julie Bruhier

Hausse continue des prix

Dans ce contexte, la Fondation des promoteurs immobiliers de France (FPI) rappelle la hausse continue des prix. En 2021, les prix ont augmenté de 1,2 %. Mais depuis 2018, la hausse cumulée du prix des logements neufs atteint 6,3 %. En Gironde, pour le seul dernier trimestre 2021, les prix de vente étaient stables à 4 214 euros/m². Les prix de l’offre sont quant à eux en légère hausse (+2 % par rapport au quatrième trimestre 2020, à 4 444 euros/m²). Les prix sont comparables dans Bordeaux métropole.

Les perspectives sur la métropole sont au statu quo en termes de délivrance des permis et aucune amélioration n’est attendue dans les mois qui viennent. « Pourtant, l’attractivité pour la métropole se maintient, donc les prix vont continuer à augmenter », rappelle Pierre Vital, président de la FPI Nouvelle-Aquitaine. « Nous poussons à une prise de conscience des élus pour travailler sur la densité prévue par les plans locaux d’urbanisme (PLU). Mais aujourd’hui notre discours est plutôt alarmiste. »

« Nous poussons à une prise de conscience des élus pour travailler sur la densité prévue par les plans locaux d’urbanisme (PLU). Mais aujourd’hui notre discours est plutôt alarmiste »

L’étude menée l’an dernier, qui faisait état d’un besoin de 7 000 à 10 000 logements par an, est plus que jamais d’actualité. Pierre Vital appelle à être vigilant sur les conséquences de ce marché en tension, avec des habitants qui cherchent à se loger de plus en plus loin de la métropole pour trouver des biens plus accessibles financièrement : « Cela donne lieu à deux aberrations, une aberration écologique avec un encombrement continu sur les routes et une aberration économique concernant le pouvoir d’achat. Il faut proposer de la densité où elle est utile, avec des logements vertueux et des transports publics. »

Pierre Vital, président de la FPI.

Pierre Vital, président de la FPI.

Aurélien Marquot

« Une mue des opérateurs »

« Aujourd’hui 72 % des gens qui vont vers le littoral et le Sud Gironde sont des familles d’au moins trois personnes et qui ont moins de 40 ans, poursuit Christophe Duportal, président de l’Observatoire de l’immobilier du Sud-Ouest (Oiso). Elles s’éloignent, car ici nous n’arrivons plus à satisfaire leurs besoins dans leur budget. Les logements sont à redéfinir, avec des extensions d’espaces communs ou des espaces partagés. Ce n’est pas forcément la maison qui compte, mais la typologie des lieux qui doit être capable de proposer de l’espace et de la respiration. D’autant plus qu’avec le développement du télétravail, de nouveaux besoins ont émergé. Il faut réfléchir à offrir plusieurs usages pour une même pièce et à la façon de répondre aux besoins d’espace extérieur. L’habitat est à réinventer pour éviter cette évasion. D’autant qu’en termes d’équipement, il y a déjà tout en ville. »

La FPI constate par ailleurs une tendance de la profession à se tourner vers la réhabilitation, prise de conscience qui se concrétise par la remise du Grand Prix des Pyramides au groupe Duval pour la réhabilitation des trois Tours de Mériadeck. Une manière d’acter une réalité du marché qui va s’accroître dans les années qui viennent avec l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN). « Nous assistons à une mue des opérateurs vers ce marché. C’est aussi une façon de construire la ville de demain, avec une solution aux passoires énergétiques. Le diagnostic de performance énergétique (DPE) va accélérer cette tendance (lire par ailleurs). Sur ce sujet, Bordeaux peut être un exemple. Nous commençons à y aller, mais la difficulté est de trouver notre place sur ces marchés qui sont plutôt en réhabilitation. Produire un logement en Réglementation environnementale (RE 2020), c’est 1 800 à 1 900 euros TTC. Donc nous ne sommes pas compétitifs sur ces marchés. »