“Il faut résister au métavers des entreprises”

Si les grand firmes de la tech débordent d’enthousiasmes quant aux opportunités ouvertes par le concept de métavers, les mises en garde se multiplient pour ne pas laisser l’intérêt financier comme seule boussole de la construction du web du futur.

“L’une des principales questions que nous devons nous poser aujourd’hui concerne le rôle des multinationales dans la création de sociétés virtuelles.” À l’occasion de la sortie de son nouveau livre, Reality + : Virtual Worlds and the Problems of Philosophy (“Réalité + : les mondes virtuels et les problèmes de la philosophie”, inédit en français), le philosophe australien David Chalmers revient, dans une interview au New Scientist, sur la façon dont les mondes virtuels éclairent et questionnent ce qu’est la réalité. Pour lui, l’expérience que nous faisons de la réalité virtuelle, générée par ordinateur, est aussi authentique que celle que nous vivons dans la réalité physique.

Reality + : Virtual Worlds and the Problems of Philosophy W. W. Norton
Reality + : Virtual Worlds and the Problems of Philosophy W. W. Norton

L’irruption de grosses sociétés privées et lucratives dans la création d’univers virtuels invite à s’interroger sur le type de société que nous voulons. “Facebook – qui a changé de nom pour devenir Meta, et d’autres multinationales jouent avec l’idée de créer des métavers, des réalités virtuelles à très grande échelle.

Voulons-nous vraiment que Facebook ou ses descendants contrôlent tous les aspects de notre réalité lorsque nous allons dans des mondes virtuels ?” interroge-t-il.

“Je pense que le métavers des entreprises est quelque chose auquel il faut résister. Un modèle comme Internet – où personne ne contrôle l’ensemble du système – serait sans doute préférable : il y aura des mondes virtuels contrôlés par le secteur privé, mais aussi les mondes virtuels des États et ceux des collectifs et des particuliers. En fin de compte, j’espère qu’il y aura une pluralité de mondes virtuels fondés sur de nombreux modèles et que les gens pourront choisir le leur avec une certaine autonomie.”

Faut pas pousser mamie dans le métavers

De son côté, The Nation fait également appel à la prudence. Au-delà des grands mots, “métavers” en particulier, les géants de la tech veulent nous vendre quelque chose. Mais quoi ? Les projets comme ceux de Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, reposent sur un monde virtuel qui ne s’affranchirait pas du matérialisme, poursuit le magazine de gauche. La tech fait le pari suivant : “Les gens dépensent de l’argent dans le monde réel pour des moyens d’affirmation de soi et autres signes de réussite sociale (vêtements, voitures, belle coupe de cheveux et compagnie), alors ils devraient être prêts à faire de même dans leur vie numérique.” Et d’ajouter que toute activité qui y prendrait place serait l’occasion de collecter de très lucratives données personnelles.

Voilà le métavers en un mot, un espace en ligne où les petits génies de la tech peuvent vous vendre un yacht numérique pour pouvoir ensuite s’en acheter un vrai dans le monde réel.”

Dès lors, on comprend mieux pourquoi Microsoft s’est offert le studio derrière World of Warcraft : les créateurs de jeux vidéo “ont été les premiers à amener les gens à se soucier de leur apparence en ligne”. En revanche, ajoute le magazine, acerbe, Facebook, rebaptisé Meta, “doit encore trouver le moyen d’inciter les mamies à se créer des avatars numériques afin de continuer de partager les photos de leurs petits-enfants et diffuser de la désinformation sur les vaccins”.

Courrier international

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