Hausse du prix du gaz : quelles conséquences pour les producteurs de fraises du Lot-et-Garonne ?

Plus lumineuse et plus économe en énergie, la nouvelle serre installée à l’été 2021 est destinée à la fraise dite précoce, disponible sur les étals dès le mois de mars.

Plus lumineuse et plus économe en énergie, la nouvelle serre installée à l’été 2021 est destinée à la fraise dite précoce, disponible sur les étals dès le mois de mars.

J.-C. W.

Pour obtenir des fruits dès la fin de l’hiver, l’agricultrice n’en fait pas mystère, il a bien évidemment fallu chauffer la serre. Mais grâce à la meilleure luminosité et au meilleur potentiel thermique de l’installation, plus volumineuse et à double paroi gonflable, Stéphanie Girou espère diviser par deux sa consommation. Et en cette période où le gaz crève les plafonds sur fond de guerre en Ukraine, celle qui a repris l’exploitation en 2016 est confortée dans son choix d’avoir modernisé son appareil de production, à l’été 2021. « On a investi au bon moment. » En moins d’un an, le prix de l’équipement a bondi de 40 %, précise-t-elle.

« Étaler la production »

Évidemment, la première question qui vient à l’esprit, à l’instar d’un Alain Juppé battant sa coulpe et jurant de ne plus manger de cerises en hiver, c’est pourquoi chauffer une serre pour y faire pousser un fruit de l’été commercialisé début mars ? « C’est un outil de gestion de la production », répond sans détour la fraisicultrice. Car la production fait face à deux problèmes majeurs : trouver de la main-d’œuvre pour récolter les fraises et écouler les barquettes sur le marché.

Un employé de l’exploitation entretient les plants de fraise dans une serre.

Un employé de l’exploitation entretient les plants de fraise dans une serre.

J.-C. W.

Engrais et emballages

Ce sont les deux autres inquiétudes de Stéphanie Girou. Les emballages, qui comptent pour 5 % du chiffre d’affaires de l’exploitation (400 000 euros sur la campagne 2021), ont ainsi pris entre 5 et 15 %. Sur les engrais, la fraisicultrice décrit une situation où les prix montent de jour en jour, et dont certains ont doublé. « On essaie de stocker, mais c’est difficile car on ne peut pas ne pas utiliser d’engrais. » En attendant, le mot d’ordre est l’optimisation en apportant au plus juste et au meilleur moment ce qui est nécessaire au développement de la plante. « Ça demande des outils hyperperformants, dans lesquels nous avons investi en même temps que pour la serre. » Stéphanie Girou cite ainsi le système de récupération des eaux de drainage : « Comme on tourne en circuit fermé, on récupère le surplus d’engrais, et il n’y a pas de pertes dans la nature. »

« Notre défi, c’est d’étaler la production. En chauffant, on limite les risques de tomber sur la période où tout arrive en même temps. Et puis ça nous facilite les choses pour le recrutement : on fidélise nos saisonniers en leur proposant des saisons plus longues. Nous avons un employé permanent, quatre ou cinq personnes pendant huit à neuf mois, et on monte à 18 salariés en moyenne de mars à juin. Sans chauffage, on aurait besoin de beaucoup plus de personnes d’avril à la mi-mai, et je ne suis pas sûre qu’on pourrait avoir un permanent. »

Plus efficace

Stéphanie Girou rassure : « La fraise n’est pas une culture très exigeante » en la matière. Il s’agit de maintenir de janvier à février la serre à 6 ou 7 °C. Dans la vieille multichapelles de près d’un hectare de surface, il fallait chauffer comparativement beaucoup plus que dans la nouvelle serre (8 000 mètres carrés), qui a une meilleure inertie. « Ce n’était ni économe, ni écologique. » L’agricultrice annonce ainsi des chiffres allant de 1 euro, les meilleures années, à plus de 2 euros, pour les plus froides, par mètre carré chauffé de l’installation vingtenaire. L’exploitante, qui avait rempli ses cuves de gaz à prix bloqué avant l’augmentation, saura l’année prochaine si son pari est gagné.