Guerre en Ukraine : trois mois après le début de l’invasion, quels sont les trois scénarios envisagés ?

Vladimir Poutine a déclaré lundi 21 février au soir qu’il soutenait l’indépendance des régions de l’Ukraine, de Donestk et Louhansk.

Vladimir Poutine a déclaré lundi 21 février au soir qu’il soutenait l’indépendance des régions de l’Ukraine, de Donestk et Louhansk.

AFP

1 – L’Ukraine victorieuse armée par l’OTAN

Il était impossible d’imaginer ce scénario au début de l’invasion russe. Pourtant, trois mois après que les premiers missiles russes ne transpercent les défenses ukrainiennes, Volodymyr Zelensky, armé par l’Otan, se met à rêver. Récemment, l’armée bleu et jaune a réussi à reprendre le contrôle de Kharkiv, où elle a même lancé une contre-offensive en direction d’Izioum, au sud-est. Quant à l’armée russe, elle continue d’accumuler les erreurs. Dernier exemple en date : la traversée de la rivière de Donets qui s’est soldée par la destruction d’au moins 73 chars russes, selon l’armée ukrainienne.

Concrètement, que signifierait vraiment cette victoire ? La situation ne pourrait pas, dans tous les cas, revenir à la normale, « nous espérons que la Crimée fera partie de l’Ukraine », tranchait le président ukrainien au « Wall Street Journal », le 3 mai. Des propos partagés par sa ministre de la Défense, Hanna Maliar dont l’objectif est « le nettoyage complet de notre pays et l’établissement de la souveraineté ukrainienne à l’intérieur de ses frontières », décrétait-elle au « Financial Times ».

Mais difficile de reprendre la Crimée et les provinces orientales du Donbass, un territoire officiellement ukrainien mais contrôlé par les séparatistes prorusses depuis 2014. « Les soldats russes connaissent le terrain, ils ont eu le temps de renforcer leurs positions », explique à Franceinfo Christine Dugoin-Clément, chercheuse associée à la chaire « risques » du laboratoire de recherche IAE de Paris-Sorbonne Business School. Compliqué d’opter, donc, pour cette victoire « totale » des Ukrainiens.

2 – La Russie gagne la guerre en étouffant l’Ukraine

Moscou a retenu les leçons de son échec à Kiev où elle était allée trop loin. Désormais, l’armée de Poutine progresse petit à petit à côté de son territoire, comme à Severodonetsk, dans le Donbass. Là, elle reproduit la stratégie de siège réalisée avec succès contre Marioupol, c’est-à-dire, de bombardements continus et de blocage de l’approvisionnement ukrainien.

Pour une élue municipale de Marioupol, le bilan des civils tués est supérieur à 2 000 personnes.

Pour une élue municipale de Marioupol, le bilan des civils tués est supérieur à 2 000 personnes.

HANDOUT/AFP

La guerre est aussi économique. La Russie mène en parallèle une « stratégie d’étouffement économique » à l’encontre de l’Ukraine, rapporte à Franceinfo Carole Grimaud-Potter, chargée de cours en géopolitique de la Russie à l’université Paul-Valéry de Montpellier. La technique ? Prendre les grands ports de la mer Noire et attendre.

Enfin, Vladimir Poutine compte sur l’essoufflement du soutien occidental. Effectivement, les coûts économiques de la guerre pourraient dissuader les États-Unis et l’Europe de continuer à la financer. Première fissure dans l’unité européenne : la Hongrie s’est opposée à un durcissement des sanctions sur le pétrole russe, par peur d’en manquer. Pour continuer de mobiliser les troupes occidentales, Volodymyr Zelensky se présente à tous les grands événements. Il était présent au Forum de Davos ou encore, au Festival de Cannes, lors d’une intervention très remarquée.

3 – Statu quo, la guerre s’installe

C’est sans doute le scénario le plus probable. Le conflit pourrait s’enliser et se cristalliser autour des limites territoriales des régions de Donetsk et de Louhansk, des régions dont la Russie réclame la souveraineté. « La situation pourra se prolonger dix, vingt, trente ans, tant que Moscou n’aura pas obtenu assez de territoire pour le présenter comme une victoire », détaille Mathieu Boulègue, chercheur associé au think-tank Chatham House à Franceinfo.