Guerre en Ukraine : quand le bunker remplace la cabane au fond du jardin

« Avec la guerre en Ukraine, ils ont peur que Poutine appuie sur le bouton »

Florence Sanner a eu le nez creux en montant sa boîte, à Surgères (17), voilà six mois. « Avant, les clients disaient qu’ils voulaient une cave à vin ou un abri de jardin. Puis, ils disaient vouloir se protéger des incendies, des virus et des risques naturels. Aujourd’hui, ils demandent clairement un abri antiatomique. Avec la guerre en Ukraine, ils ont peur que Poutine appuie sur le bouton. Ils craignent le nuage radioactif ou la chute d’un missile. »

L’assurance vie ne suffit plus

Pourtant au départ, la jeune femme de 33 ans pensait toucher la clientèle des précautionneux qui anticipent les catastrophes. « Il y a trois ans, j’avais flairé le coup. Les experts qui travaillent sur l’analyse de risques avec le dérèglement climatique, la crise financière, la surpopulation, les virus, expliquaient déjà que les gens cherchaient à s’isoler. Avec un intérêt pour les abris enterrés, l’assurance vie ne suffisant plus. » Florence Sanner vérifie le potentiel de son idée de bunker en tenant un stand au salon du survivalisme à Paris : gros succès.

Exemple d’aménagement d’un conteneur « 40 pieds ».

Exemple d’aménagement d’un conteneur « 40 pieds ».

Modélisation Florence Sanner

Les planètes étaient alignées. Florence Sanner voulait quitter Paris pour créer son entreprise en Charente-Maritime. Mais surtout, l’ingénieure des Arts et Métiers et de l’école spéciale des travaux publics (ESTP) est spécialiste des travaux souterrains et du béton ! Après les tunnels de Hong-Kong et de Nice et la future ligne de métro parisienne, pour cette ancienne de Bouygues construction, « construire des abris enterrés est un jeu d’enfant ».

150 commandes en 15 jours

Florence Sanner lance sa boîte avec un carnet de 50 commandes engrangées depuis le salon et démarre à son rythme. Jusqu’à ce que la guerre en Ukraine fasse chauffer son standard. « En 15 jours, j’ai pris 150 commandes de toute la France », explique celle qui va embaucher deux intérimaires et agrandir son atelier.

« Je minimise les travaux car les clients veulent rester discrets »

Il faut dire qu’en France, ils ne sont pas nombreux à proposer une prestation de A à Z. Et rapide. En dehors des trois mois d’attente, votre jardin peut abriter un bunker clefs en main en quinze jours ! Et sans être transformé en champ de bataille puisque tout est recouvert d’un joli gazon. Ni vu, ni connu. « Je minimise les travaux car les clients veulent rester discrets. »

Stéphane Sanner, le père, ingénieur lui aussi, vient donner un coup de main à sa fille pour faire face au boom des commandes.

Stéphane Sanner, le père, ingénieur lui aussi, vient donner un coup de main à sa fille pour faire face au boom des commandes.

Jean-Christophe Sounalet/ « SUD OUEST »

L’idée est simple. Avec son réseau dans le BTP, la cheffe d’entreprise rachète des conteneurs métalliques en version « 20 pieds » ou « 40 pieds ». « Mais tout est modulable, on peut assembler plusieurs conteneurs. » Ensuite, en un mois dans son atelier, Florence Sanner se charge de l’agencement. « Il faut le prévoir avant car, une fois le bunker enterré, il devient compliqué de faire entrer les matériaux par une échelle installée dans un accès de 50 centimètres de diamètre. »

Une bouche d’égout

À l’intérieur, tout est décoré : parois de bois peintes ou tapissées, rangements. Outre le design, la technique n’est pas en reste : raccordement à l’eau et à l’électricité ; ventilation avec filtres domestiques ; mais aussi avec filtres à charbon actif contre les pollutions ; ou encore filtres bactériologiques ; et même filtres contre les particules radioactives.

Florence Sanner assure la transformation du conteneur en bunker et son installation de A à Z.

Florence Sanner assure la transformation du conteneur en bunker et son installation de A à Z.

Jean-Christophe Sounalet/ « SUD OUEST »

L’installation est simple (1). Sur une surface minimum de 100 m², hors zone agricole ou terrain protégé, Florence Sanner assure le terrassement. Dans un trou profond de 4 mètres, elle grute le conteneur acheminé sans besoin de convoi exceptionnel. Puis coule la bête dans du béton « pour obtenir des murs plus épais que ceux d’une maison », avant d’installer l’accès vers la surface et recouvrir le tout de 50 centimètres de terre. Plus qu’à mettre le gazon et seule la porte en forme de bouche d’égout, sans heurtoir, ni boîte à lettres, rappellera qu’ici gît un bunker.

(1) Le bunker « 20 pieds » nécessite une déclaration préalable de travaux ; il faut un permis de construire pour le « 40 pieds ».