Guerre en Ukraine : les télécoms, des infrastructures capitales pour la résistance du pays

Dans le quartier de Koshytsa Street, à Kiev, le 25 février 2022. Dans le quartier de Koshytsa Street, à Kiev, le 25 février 2022.

« La communication est l’un des éléments-clés d’un combat efficace. » Dans un message publié sur son compte Telegram, le 28 février, soit quatre jours seulement après le début de la guerre en Ukraine, le Service d’Etat pour les communications spéciales et la protection de l’information ukrainien rappelait avec force que les réseaux de télécommunications font partie des infrastructures essentielles dans un conflit armé, encore plus au moment où la bataille de l’opinion et la mobilisation de la population se jouent en direct par le biais des réseaux sociaux, comme le montre chaque jour le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avec ses selfies et vidéos.

Malgré les bombes, les opérateurs ukrainiens de télécoms font tout pour maintenir le réseau en état de fonctionnement. Et, pour l’instant, il tient. Mis à part quelques zones, notamment à Kharkiv, où les bombardements ont été violents, provoquant des coupures d’électricité, il est toujours possible de téléphoner depuis ou vers l’Ukraine, et de se connecter à Internet. Le maillage du pays en fibre optique et son interconnexion avec plusieurs pays voisins, Pologne ou Roumanie, permettent de réorienter le trafic en fonction des coupures de câbles. Ces différentes interconnexions ont aussi l’avantage de rendre inopérante une éventuelle coupure par la Russie d’un des câbles de fibre optique reliant l’Ukraine au reste du monde.

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« Le réseau de télécommunications fonctionne », assure une porte-parole de Kyivstar, premier opérateur de téléphonie mobile ukrainien, placé dans une situation inconfortable par la guerre. Son actionnaire est Veon (ex-Vimpelcom), un conglomérat des télécoms coté à la Bourse d’Amsterdam, mais contrôlé par LetterOne, la holding de l’homme d’affaires russe Mikhail Fridman. Dans une lettre publiée sur le site de sa société, l’oligarque d’origine ukrainienne a toutefois exprimé sa « tristesse » et son « désir que les effusions de sang cessent ».

« Architecture flexible »

En cas de destruction d’un équipement, « l’architecture flexible du réseau permet de modifier rapidement les itinéraires de trafic, en utilisant des nœuds transitoires dans différentes villes ukrainiennes selon les besoins », poursuit Kyivstar. L’opérateur a aussi déplacé des centres de commutation essentiels dans les régions non visées par l’armée russe.

Dans les zones où la sécurité le permet, afin de pallier les coupures d’électricité, les techniciens équipent les stations de base de sources d’alimentation autonome qui, en fonction du trafic sur le réseau, peuvent fonctionner pendant quatre à cinq heures. Des véhicules à générateur diesel peuvent aussi être envoyés sur place pour maintenir les équipements en état de marche. Le premier opérateur ukrainien a aussi constitué des unités mobiles d’urgence pour réparer les lignes de fibre optique en panne. Selon Kyivstar, seulement 2 % de ses stations de base ne fonctionnaient plus le 9 mars, et le groupe disait ne pas pouvoir les atteindre en raison du danger potentiel pour la vie de ses techniciens.

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