Guerre en Ukraine : « Il faut demander aux ménages de baisser le thermostat »

Peut-on chiffrer ce que la Russie retire de ses exportations d’hydrocarbures en Europe ?

Sur la base des prix pratiqués en 2020, elle touche 650 millions d’euros par jour de ce commerce du pétrole, du gaz et du charbon avec les pays européens. Les prix ont flambé depuis deux ans, ce qui ne veut pas dire que les revenus de la Russie ont augmenté en…

Peut-on chiffrer ce que la Russie retire de ses exportations d’hydrocarbures en Europe ?

Sur la base des prix pratiqués en 2020, elle touche 650 millions d’euros par jour de ce commerce du pétrole, du gaz et du charbon avec les pays européens. Les prix ont flambé depuis deux ans, ce qui ne veut pas dire que les revenus de la Russie ont augmenté en proportion. Une forte partie des volumes est délivrée dans le cadre de contrats de long terme. Ces huit derniers mois, la Russie s’est contentée de respecter les contrats. Elle a très peu vendu sur le marché spot (au comptant et à court terme, NDLR), ce qui a fait monter les prix et a empêché les Européens de garnir leurs stocks. Elle a rendu l’Union européenne encore plus dépendante.

Y a-t-il des moyens de casser ce cercle vicieux ?

C’est difficile pour le gaz. L’Europe ne dispose pas des capacités nécessaires pour remplacer le gaz russe par du GNL, du gaz naturel liquéfié qui est transporté jusqu’aux ports européens par des navires méthaniers. L’Allemagne n’a pas de terminal méthanier. Et le marché du gaz fonctionne par grandes régions. Ce qui explique la divergence entre le prix du gaz aux États-Unis et celui pratiqué en Europe. Avec l’essor récent du gaz de schiste, les Américains paient quatre à cinq fois moins cher que les Européens. La dépendance de l’UE vis-à-vis de la Russie est beaucoup moins étroite pour le pétrole dont le marché est mondial. L’Europe peut se passer du pétrole russe. Si elle rechigne à décréter un embargo, c’est à cause des réticences de l’Allemagne qui craint une chute de son PIB de l’ordre de 3 %.

Christian Gollier.

Christian Gollier.

C. G./TSE

Les comportements individuels sont-ils une réponse ?

Si vous faites baisser la demande, vous faites baisser les prix. Et vous diminuez d’autant la soulte que nous versons pour alimenter l’effort de guerre russe en Ukraine. En ce moment, je vous parle avec deux pulls sur moi ! La baisse du chauffage dans la pièce où je me trouve n’est qu’une goutte dans l’océan mais nous devons collectivement comprendre qu’ensemble, nous sommes l’océan ! La sobriété énergétique, ça fonctionne. Pour préserver le climat et pour l’Ukraine. Il faut tout de suite demander aux ménages de baisser le thermostat. L’adaptation et la transformation de l’économie des pays, c’est une autre affaire. Elle réclame un temps plus long.

Le gaz naturel brûlé en France provient à 17 % de Russie.

Le gaz naturel brûlé en France provient à 17 % de Russie.

LOIC VENANCE/AFP

« La sobriété énergétique, ça fonctionne. Pour le climat et pour l’Ukraine »

Les habitudes individuelles peuvent avoir des effets structurants sur l’économie ?

Les Américains, qui produisent du pétrole, n’ont pas été confrontés à une envolée des prix à la pompe comparable à celle qui a été vécue sur le continent européen après les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979. À l’époque, les ménages français ont vraiment réduit leur consommation, les Américains n’ont pas accompli les mêmes efforts. Le résultat, c’est qu’on roule en Europe dans des voitures moins lourdes et énergétiquement plus efficaces. À kilométrage égal, on consomme beaucoup moins d’essence qu’Outre-Atlantique. Mais l’effet de tels changements n’est pas immédiat. Dans les années 1970, les Français n’ont pas sacrifié du jour au lendemain leurs Citroën DS et leurs Mercedes pour des petites voitures.

Le bouclier tarifaire pour le gaz et pour l’électricité est-il une bonne mesure ?

Il est efficace mais il pose un problème : le consommateur ne se rend pas compte du sacrifice que la société consent pour préserver son pouvoir d’achat. Les prix ne reflètent plus les enjeux, qu’ils soient géopolitiques en ce moment ou climatiques. Il faut voir que dans le monde réel, le prix de l’électricité sur le marché spot a pu atteindre 600 euros le mégawattheure, on a multiplié son prix par vingt aux heures de pointe par rapport au tarif moyen de 2020, 30 euros le MWh.

Y a-t-il d’autres solutions ?