Guerre en Ukraine : Dans les entreprises, au cœur des premières pénuries

«Je croyais avoir tout vu, et puis j’ai découvert, à partir de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, combien la France et notre métier étaient dépendants de ces pays pour l’huile de friture. »

Mi-avril, la fin des frites ?

Sur son écran de téléphone s’affiche le courrier envoyé par le grossiste pour professionnels Metro à ses clients restaurateurs : « La situation s’assombrit de plus en plus sur les huiles de graines. »

L’enseigne Metro rationne désormais les ventes à 50 litres d’huile par jour et par client

L’enseigne prévient : « Nos stocks et réserves auprès de nos fournisseurs nous permettront de tenir jusqu’à mi-avril. Il semblerait que nous n’aurons plus du tout d’huile de graine début mai. Plus aucune production ne sort ni de Russie, ni d’Ukraine, pays qui représentent près de 80 % des exportations mondiale. Nos acheteurs recherchent des solutions de substitution pour la friture. » Metro rationne désormais les ventes d’huile à 50 litres par jour et par client.

L’Ukraine et la Russie représentent près de 80 % des exportations mondiales d’huile.

L’Ukraine et la Russie représentent près de 80 % des exportations mondiales d’huile.

Un produit qui, d’ores et déjà, a vu sa valeur exploser. « Nos prix de vente sont passés de 2,20 € le litre à 4,60 € », reconnaît un fournisseur du restaurant, Anthony Langlet (Le Comptoir gascon). « Un restaurateur vient de me faire une réflexion pleine de bon sens : « si l’huile coûte trop cher nous proposerons de la purée ! ». » Olivier Poujet trouve l’idée bonne. Il ne lui reste plus qu’à trouver un plan B pour les autres approvisionnements rendus difficiles par le conflit : le miel et certains poissons.

2023 sera difficile aussi

En apparence, tout baigne et pas dans l’huile, sur le site industriel ACC (Automative Cells Company) dédié à la recherche et au développement de batteries innovantes pour l’auto. Inaugurés il y a six mois à Bordeaux, les 11 000 mètres carrés de cette usine laboratoire ressemblent à une fourmilière mobilisant 400 personnes.

« Nous sommes dans les temps par rapport aux objectifs de nos actionnaires – TotalEnergies/Saft, Stellantis et Mercedes-Benz… – pour pouvoir équiper, dès la fin 2023, la première gamme de voitures avec des batteries ACC », lâche Michaël Maillot, directeur du département ingénierie d’ACC. La vie de la société serait presque un long fleuve tranquille si la Russie n’avait déclaré la guerre à l’Ukraine.

« Nous nous inquiétons un peu pour notre gigafactory de batteries qui doit nous permettre de répondre à nos clients à partir de 2023 », tempère Matthieu Hubert, directeur de la communication. L’usine géante qui sort de terre à Douvrin/Billy-Berclau, dans les Hauts-de-France, nécessite, ne serait-ce que pour la charpente, un besoin énorme de métal. Et Eiffage, en charge du chantier, rappelle que son principal fournisseur est en Ukraine. Le pays vient justement de perdre, suite à un bombardement ciblé, l’une des plus importantes aciéries d’Europe installée dans la banlieue de la ville martyre, Marioupol.

Le métal explose

Cette tension sur les métaux, née clairement de l’invasion de l’Ukraine, Pierre-Yves Williot la connaît parfaitement. Dirigeant à Savignac, près de Langon (33), de la société de construction métallique Daney SARL, il a connu en 2021 une reprise économique fulgurante. « En réalisant 13 millions d’euros de chiffre d’affaires, notre équipe de 90 personnes a presque retrouvé le résultat exceptionnel de 2019 (14,5 millions d’euros, NDLR). Nous étions sur une très bonne dynamique cette année encore, avec une visibilité sur nos activités à six mois. »

Selon Pierre-Yves Williot, de la société Daney en Gironde, la tonne de métal pourrait atteindre 2 000 euros la tonne.

Selon Pierre-Yves Williot, de la société Daney en Gironde, la tonne de métal pourrait atteindre 2 000 euros la tonne.

Laurent Theillet/ » Sud Ouest »

Une dynamique remise un peu en cause en moins d’une semaine. « Nous avons le stock pour les chantiers en cours. Désormais, nos fournisseurs ne sont pas capables de nous confirmer des tarifs, ni d’assurer des délais de livraison. Difficile de faire des devis dans ce contexte. »