Guerre en Ukraine : Alstom, dans la tourmente, dévisse en Bourse

A l’usine Alstom de Belfort, le 26 mai 2021.

C’est à un coup de tabac boursier que le numéro un européen de l’industrie ferroviaire, Alstom, a dû faire face, lundi 7 mars. L’action a reculé de 5,7 % en clôture, après avoir dévissé en début de séance, au-delà de − 12 %. Voilà donc Alstom rattrapé, à son tour, après plusieurs autres groupes français, par la tourmente de la guerre en Ukraine, en raison de son activité, de ses contrats et de son ambition dans l’ex-Union soviétique.

A vrai dire, la réaction des marchés présente quelques disproportions avec la réalité du volume d’affaires réalisé en Russie par le groupe français, les Bourses étant entrées dans une phase baissière où elles surréagissent à toute nouvelle jugée inquiétante. « Comment peut-on affirmer qu’Alstom présente une grande exposition à la Russie, comme on a pu le lire ici ou là ?, s’interroge un porte-parole de l’entreprise. Notre chiffre d’affaires en Russie représente moins de 0,5 % de nos ventes. Nous avons trente employés en Russie, une quarantaine en Ukraine et aucun expatrié dans les deux pays. »

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L’activité russe d’Alstom est liée à une prise de participation du français dans le fabricant russe de matériel roulant ferroviaire Transmashholding (TMH), à hauteur de 20 % du capital. Le groupe tricolore livre à TMH le système de traction fabriqué à Tarbes pour un modèle de locomotive, mais à un rythme lent (environ cinq par an). TMH a apporté 44 millions d’euros de résultat, sur 300 millions de bénéfices pour Alstom au total, pendant l’exercice 2020-2021 (clos au 31 mars) et généré une perte de 2 millions au premier semestre de l’exercice 2021-2022 (à fin septembre).

« Vendre, mais vendre à qui ? »

Les dommages financiers ne paraissent donc pas majeurs. Mais c’est sans compter le risque qui pèse sur la prise de participation d’Alstom dans TMH, que le groupe tricolore a inscrit pour 480 millions d’euros dans ses comptes. Que va devenir ce demi-milliard ? Aucune décision n’a été prise pour l’instant quant à une éventuelle sortie de cette prise de participation, indique-t-on chez Alstom. « Vendre, mais vendre à qui ? Et que vaut réellement 20 % d’une entreprise russe aujourd’hui ? », se demande un bon connaisseur du dossier.

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Plus largement, l’invasion de l’Ukraine obère les ambitions d’Alstom dans les républiques de l’ex-Union soviétique, où le groupe de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) avait réalisé quelques belles conquêtes ces dix dernières années : 40 locomotives de fret ont été vendues à l’Azerbaïdjan (la dernière a été livrée il y a quelques jours), et, surtout, un contrat monstre pour 250 autres locomotives destinées au Kazakhstan est en cours d’exécution. Alstom possède deux usines au Kazakhstan, dont la plus grande dans la capitale Noursoultan, en coentreprise avec TMH (75 % Alstom, 25 % TMH).

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