Grippe aviaire : « On n’est que des numéros de dossier », deux jeunes éleveurs lot-et-garonnais en difficulté

Thomas Willemsen et Lorane Degrave-Gardère se sont installés il y a cinq ans à Saint-Pé-Saint-Simon où ils s’occupent chaque année de 12 000 canards de barbarie. À l’ancienne, ces palmipèdes réputés pour leurs qualités gustatives sont gavés un par un, avec du maïs cuit à l’eau chaude.

Las, pour la deuxième année consécutive, la salle de gavage du couple est tristement vide. « Cela fait deux ans que nos canards sont abattus. » En 2020, les volailles de la ferme…

Thomas Willemsen et Lorane Degrave-Gardère se sont installés il y a cinq ans à Saint-Pé-Saint-Simon où ils s’occupent chaque année de 12 000 canards de barbarie. À l’ancienne, ces palmipèdes réputés pour leurs qualités gustatives sont gavés un par un, avec du maïs cuit à l’eau chaude.

Las, pour la deuxième année consécutive, la salle de gavage du couple est tristement vide. « Cela fait deux ans que nos canards sont abattus. » En 2020, les volailles de la ferme des Arramons ont été contaminées par la grippe aviaire. « On a trouvé plusieurs bêtes mortes à l’entrée… J’ai tout refermé et, la mort dans l’âme, j’ai appelé les services vétérinaires. » La saison suivante, en 2021, leur cheptel a été supprimé à titre préventif. Ils se situent en effet à quelques kilomètres à peine d’un foyer détecté dans le Gers… Le virus n’est jamais loin de la commune de Saint-Pé-Saint-Simon, considérée comme une zone humide et située au-dessus d’un couloir migratoire. « Dans la campagne, lorsque l’on se promène, oui on découvre de plus en plus d’oiseaux sauvages morts. »

Mais, selon eux, la grippe aviaire ne doit pas être une fatalité. Au risque de voir disparaître la filière… « Cela fait cinq ans que l’on nous parle de grippe aviaire et rien n’est fait. La situation est catastrophique pour nous. Dans les Landes plus encore. » Leur solution ? Le vaccin. Et vite. Car chez Thomas et Lorane, âgés de 32 et 28 ans, les dettes s’accumulent, les aides promises tardent à être distribuées… « Nous n’avons pas encore tout perçu de la saison précédente. Une année de plus comme les deux dernières et nous mettons la clé sous la porte. »

Aux Arramons, le manque à gagner est immense. « L’année dernière, nous avons été privés de 5 000 bêtes en hiver et nous n’avons pas pu recevoir de nouveaux canards durant six mois. Résultat : nous n’avons pu vendre de foies gras à Noël, et nous n’avons pas pu proposer et cuisiner nos produits sur les marchés de producteurs de pays l’été… »

Thomas Willemsen et Lorane Degrave-Gardère sont installés à Saint-Pé-Saint-Simon.

Thomas Willemsen et Lorane Degrave-Gardère sont installés à Saint-Pé-Saint-Simon.

Loïc Déquier/SUD OUEST

Avec 60 000 euros d’emprunt contractés pour éponger leurs dettes, Thomas et Lorane travaillent à perte. « Nous sommes obligés de faire des petits boulots à côté pour subvenir aux besoins de notre famille. » Depuis 2017, le couple construit de ses mains un laboratoire. Pour cuisiner leurs produits mais aussi ceux des agriculteurs voisins, ils ont investi près de 150 000 euros. « Nous avons respecté la moindre norme… Hélas, nous ne pouvons pour le moment utiliser cet outil. »

La mort des petits producteurs ?

Le virus et le principe de précaution précipitent selon eux la filière et surtout les petits producteurs dans le ravin. « Les gros industriels qui ont été contraints au vide sanitaire cette année ont malgré tout pu écouler les stocks des années précédentes. Nous, nous n’avons plus rien. » Lorane et Thomas regrettent surtout la considération dont les services de l’État font preuve à leur égard. “Ils regardent ces situations depuis leur bureau… Nous ne sommes pour eux que des numéros de dossier. Nous les invitons à venir faire un stage chez nous. »

Malgré ce contexte morose, le couple ne veut rien lâcher. « Ce n’est pas fini », avance Lorane qui a écrit à Emmanuel Macron. « Nous avons besoin du vaccin, Monsieur le Président. Pourquoi ne pas créer dès maintenant des filières de palmipèdes différentes, avec des besoins différents ? Nous savons que certains pays refusent catégoriquement ce vaccin. Mais ils ne consomment essentiellement que du poulet. Ils ne sont pas intéressés par les canards… Que faut-il faire pour séparer canards et poulets au niveau de l’exportation ? » Lorane a reçu une réponse. « Laconique… »

Une épée de Damoclès sur la tête de la filière

Les départements de la région Pays de la Loire, notamment la Vendée, le Maine-et-Loire et la Loire-Atlantique sont les principaux fournisseurs de canetons, de reproducteurs et d’œufs à couver (OAC) pour le Sud-Ouest (72 % des canetons proviennent des Pays de la Loire selon le Cifog) et donc pour les départements producteurs de foie gras et de poulets de la Nouvelle-Aquitaine. Fortement touchés par le virus de la grippe aviaire, ils ont dû procéder à l’abattage de trois millions de volailles dont 1,9 million de canards et actuellement observent un vide sanitaire strict. En toute logique, ils espèrent une remise en production à partir du 29 mars.. Au 6 mars, la région comptait 74 foyers. Le chiffre est grimpé à 238 au 10 mars, dont 187 foyers pour le seul département de la Vendée. Plus de 3 millions de volailles ont d’ores et déjà été abattues sur la région. C’est une véritable course contre la montre qui est engagée pour préserver les couvoirs au maximum et éviter que la filière tout entière ne s’écroule totalement.