Grippe aviaire : la filière canard tente de sauver ses plumes

Généralement, l’appétit galopant de l’épizootie – épidémie qui frappe les animaux – est circonscrit au Sud Ouest, les Landes étant son plat préféré. Mais cette année, les conditions météorologiques ont contribué à ce qu’un autre virus aviaire ressurgisse, en février, à un moment où le mal devait s’effacer, dans une région jusqu’ici épargnée : les Pays de la Loire. La filière est au bord de la syncope, avec déjà trois épizooties dans les pattes. Les Landes doivent en théorie remettre en production à compter du 29 mars 2022. La situation dans le Grand Ouest fragilise l’objectif.

1. Le Sud Ouest contraint à la prudence

« Le calendrier de la remise en production sera respecté », certifie Marie-Pierre Pé, directrice du Cifog, l’interprofession du foie gras. « Les désinfections des sites landais ont été réalisées dans les temps. Les analyses de surveillance sont favorables au repeuplement. Et les derniers foyers de Saint-Geours-de-Maremne et de Vielle-Soubiran ont retrouvé leur statut indemne. »

Pour autant, pas question de procéder à un repeuplement massif, toutes ailes dehors. Les communes landaises en frontière du Gers – département où un foyer a été encore détecté mi-mars – devront attendre. Et le retour des canards s’écoulera à un rythme très mesuré (56 000 canards la première semaine, 70 000 la suivante, etc.) et sous haute surveillance, vu que l’épizootie atteint actuellement son paroxysme, dans le Grand Ouest avec 628 foyers sur 1 500 élevages.

La filière canards est très affaiblie.

La filière canards est très affaiblie.

Archives G. Bonnaud

2. Dérogations pour les canetons

La région Pays de la Loire fournit 72 % des canetons d’un jour dont a besoin le Sud Ouest pour sa production. Sans cet approvisionnement, pas de foie gras des Landes ou si peu. C’est d’ailleurs pourquoi dès début mars, ont été mises en place des dérogations aux interdictions de transport d’animaux sur le Grand Ouest, afin d’acheminer les canetons d’un jour et les œufs à couver (OAC) pour les poulets, vers le Sud Ouest.

L’épizootie 2021-2022

10 millions. C’est le nombre de volailles – canards, poulets de chair, dindes, cailles, faisans, poules pondeuses – abattues, dont 3,5 millions dans le Sud Ouest. 1 028 foyers dans des élevages. 231 dans les Landes, 71 en Pyrénées-Atlantiques, 473 en Vendée, 75 en Loire-Atlantique et 79 en Maine-et-Loire. 19 foyers en basses-cours, dont trois dans les Landes et deux en Pyrénées-Atlantiques. 39 foyers dans la faune sauvage et la faune captive. Un seul cas dans le Sud Ouest, dans les Landes.

La Dordogne, indemne de l’influenza aviaire, a ainsi pu lancer une nouvelle production. Les Landes devraient être servies. Sauf qu’entre-temps, le virus s’est répandu à une vitesse fulgurante. La crainte est de voir des couvoirs atteints. Mais pas que. Le Grand Ouest est le réservoir français des élevages de sélection et de la génétique en matière de reproducteurs.

On a donc élargi les dépeuplements autour de ces sites stratégiques. Aujourd’hui, le Cifog souhaite que le ministère de l’agriculture aille plus loin. « Nous demandons un moratoire de sélection génétique pour éviter l’abattage systématique du troupeau de grands-parentaux ou de parentaux dans le Grand Ouest, dès qu’un foyer est détecté, ajoute Marie-Pierre Pé. Il peut y avoir des troupeaux qui s’immunisent. Ce qui permettrait de préserver la génétique. Cette idée doit faire l’objet d’arbitrages, dans le respect des autres filières, notamment celle de l’espèce Gallus. Sans ce moratoire et au rythme de la propagation du virus, nous n’aurons plus de génétique d’ici deux mois », ajoute Marie-Pierre Pé.

3. Gestion de l’épizootie à revoir

Manifestement, les efforts et investissement en biosécurité consentis dans le Sud Ouest n’ont pas suffi à stopper la propagation de l’influenza aviaire, particulièrement dans les Landes. La vaccination revient sur le tapis et deux expérimentations de candidats au vaccin sont en cours. On peut néanmoins se réjouir que la gestion des abattages et des équarrissages et la mobilisation des services publics aient été meilleures que l’année précédente.

Dans le Grand Ouest, en revanche, c’est la panique. Devant le rythme de l’hécatombe naturelle ou ordonnée, les services sont dépassés. Les éleveurs sont mis à contribution pour enfouir eux-mêmes leurs cadavres d’animaux tandis qu’ailleurs les centres d’enfouissement des déchets sont réquisitionnés. Sur de nombreux fronts, la copie est à revoir si la filière veut sauver ses plumes.