Gironde : une ancienne école louée à des entreprises de l’économie sociale et solidaire

Objets vintage réparés

Dans les cuisines d’insertion Marie Curry, ce jour-là, Kousama, d’origine syrienne, est en pleine préparation d’ouzi, des bouchées de riz aux légumes enveloppées de feuille de brick. Une spécialité au goût d’ailleurs, qui viendra réveiller les papilles d’une cinquantaine de personnes le soir même. Kousama est encadrée par Florent Lasseran, le chef exécutif de la société qui forme ces femmes issues de l’immigration dans leur projet de reconversion dans le domaine de la restauration.

Dans les cuisines d’insertion Marie Curry, Kousama, d’origine syrienne, prépare
des ouzi.

Dans les cuisines d’insertion Marie Curry, Kousama, d’origine syrienne, prépare
des ouzi.

Émilie Dubrul

À quelques pas de là, l’ancienne salle de motricité de l’école maternelle héberge Pépites, une ressourcerie généraliste qui doit son nom « à la volonté de transformer les objets de seconde main en ressource ».

« Il y a du passage ici, désormais. Les habitants se sont réapproprié les lieux »

Alice est designer, Laura tapissière d’ameublement, Guillaume ingénieur agronome et Cassandra créatrice. Ils se sont rencontrés quelques années auparavant à l’Atelier d’éco solidaire à Bordeaux. « On a fait nos premières armes ensemble, et ça nous a donné envie de monter notre propre lieu de ressources, dans une démarche de protection de l’environnement », explique Alice. Une façon pour ce collectif de montrer que la seconde main « peut aussi être un truc sympa » et d’inciter les gens à changer de mode de consommation.

La salle de motricité de l’école maternelle héberge aujourd’hui Pépites, une grande ressourcerie généraliste « toujours clean, toujours ordonnée ».

La salle de motricité de l’école maternelle héberge aujourd’hui Pépites, une grande ressourcerie généraliste « toujours clean, toujours ordonnée ».

Émilie Dubrul

Leur projet se matérialise par une grande boutique lumineuse, « toujours clean, toujours ordonnée, qui permet de valoriser l’acte de don ». Si certains objets sont très « vintage », vous ne trouverez rien d’abîmé chez Pépites. Ici, tout est trié, nettoyé, remis en état grâce aux talents manuels des quatre fondateurs. « Nous organisons souvent des ateliers de couture, de tapisserie et même de teinture végétale en collaboration avec notre voisine Morgane de Moo//ko, souligne Cassandra. C’est ce qui nous a motivés à répondre à l’appel à projets Une saison ESSentielle à Bel-Air, co-construit par la commune d’Artigues et Bordeaux Métropole. On a démarré entourés d’entreprises qui partagent les mêmes valeurs que nous. C’est rassurant. »

Une situation transitoire

Cela faisait plusieurs années qu’Alain Garnier, le maire de la commune, qui a vu grandir ses enfants ici, souhaitait « faire quelque chose » des espaces vacants de cette école historique d’Artigues. « Pour redynamiser le centre-bourg à deux pas de la place du marché, mais aussi pour donner la possibilité à de jeunes entrepreneurs de tester leur activité, avec des conditions d’accueil intéressantes. » Comprenez des loyers professionnels à bas coût, des locaux spacieux et lumineux, et un emplacement stratégique au plus près des usagers.

Avant la destruction de l’école, le maire d’Artigues-près-Bordeaux, Alain Garnier, a voulu aider de jeunes entrepreneurs et redynamiser le centre-bourg.

Avant la destruction de l’école, le maire d’Artigues-près-Bordeaux, Alain Garnier, a voulu aider de jeunes entrepreneurs et redynamiser le centre-bourg.

Émilie Dubrul

L’animation du lieu a été confiée au collectif bordelais Cancan. « Nous avons une double vocation », explique Jérôme, le coordinateur du projet chez Cancan. « Notre mission consiste à fédérer les occupants autour d’événements, à travailler sur le lieu avec le réemploi de matériaux, mais également à faire rayonner La Belle Aire auprès des habitants d’Artigues. » Une manière pour le collectif de « recueillir leurs envies sur le devenir de cet espace et de remonter l’information aux urbanistes ». Car si la volonté initiale de la mairie était de réhabiliter l’école Bel-Air, l’ancienneté des bâtiments a fait pencher la balance vers la construction d’un établissement flambant neuf, un peu plus loin dans la commune. « Nous avons donc l’intention de transformer cet îlot en résidence intergénérationnelle, pourvue des commerces et de services aux pieds des immeubles », précise Alain Garnier.

Les paysagistes d’Odonates sont spécialisés dans la création de jardins nourriciers.

Les paysagistes d’Odonates sont spécialisés dans la création de jardins nourriciers.

Émilie Dubrul

Dans l’intervalle et avant destruction, le maire (par ailleurs élu à la Métropole en charge de l’économie sociale et solidaire) a donc fait le choix d’une opération d’occupation transitoire temporaire. Un dispositif juridique soutenu par la Métropole, qui permet de réactiver la vie locale, de tisser du lien dans un quartier en pleine mutation tout en évitant les occupations illicites. « Cette nouvelle dynamique fait qu’il y a du passage ici, désormais. Les habitants se sont réapproprié les lieux. »

« Le loyer très bas est une aubaine »

Dix-huit mois. C’est le temps qui leur a été donné pour tester leur activité et aussi travailler ensemble au développement de projets destinés à s’implanter durablement sur le territoire. Six mois seulement après leur arrivée, Marion et Jérémy, les fondateurs de la Cidrerie HIC, sont victimes de leur succès et aimeraient bien pousser les murs. « La production des cidres et des jus est maintenant terminée. Le vinaigre de cidre se transforme lentement. On va lancer la fabrication des purées de fruits début avril », se réjouissent les jeunes entrepreneurs normands. Tournée vers les particuliers (click & collect via leur site Web ou la permanence à la Cidrerie le samedi matin) et les professionnels (bars, restaurants, cavistes, épiceries fines, food truck…), HIC est la toute première cidrerie artisanale de la métropole, qui n’aurait peut-être pas vu le jour sans le soutien de La Belle Aire.

Marion et Jérémy, les fondateurs de HIC, la toute première cidrerie artisanale
de la métropole, qui n’aurait peut-être pas vu le jour sans le soutien de La Belle Aire.

Marion et Jérémy, les fondateurs de HIC, la toute première cidrerie artisanale
de la métropole, qui n’aurait peut-être pas vu le jour sans le soutien de La Belle Aire.

Émilie Dubrul

Bouteille de jus de pomme HIC, entreprise présente à La Belle Aire.

Bouteille de jus de pomme HIC, entreprise présente à La Belle Aire.

Émilie Dubrul

Ses voisins de classe, les paysagistes d’Odonates, spécialisés dans la création de jardins nourriciers, peuvent aussi se targuer d’un très beau développement. « Dès le départ, nous avions à cœur de créer de l’emploi », souligne Ludovic Descolas, l’un des deux fondateurs. « Le loyer très bas a été une aubaine pour nous, car l’argent économisé nous a notamment permis de recruter. Nous sommes passés de deux à sept salariés. » À La Belle Aire, si la notion d’éphémère reste dans toutes les têtes, elle irrigue aussi le projet en termes de synergies ou de possibilités offertes pour les différentes entreprises. « Nous réfléchissons déjà à l’après, à la façon dont la collectivité pourrait continuer à les accompagner dans leurs évolutions respectives », conclut Alain Garnier. De l’éphémère au durable, il n’y a qu’un pas.