Gironde : Toopi Organics peut enfin commercialiser son engrais bio à base d’urine

Toopi Organics a inventé un stimulant révolutionnaire. Le principe est simple : dépolluer l’urine et l’enrichir en micro-organismes afin de fournir aux agriculteurs des alternatives naturelles plus efficaces…

Toopi Organics a inventé un stimulant révolutionnaire. Le principe est simple : dépolluer l’urine et l’enrichir en micro-organismes afin de fournir aux agriculteurs des alternatives naturelles plus efficaces que les engrais chimiques.

La société réolaise coche toutes les bonnes cases pour devenir un acteur majeur de l’économie verte en France : valorisation de produits encombrants qui surchargent les stations d’épuration, diminution de l’empreinte carbone et fabrication de fertilisants à un prix défiant toute concurrence. Quand l’écologie rime avec économie. « Nos produits permettent de réduire de 20 % l’utilisation des engrais minéraux. Et ils sont également quatre fois moins chers », chiffre le fondateur et président, Michaël Roes.

À quand le feu vert en France ?

Ces trois dernières années, Toopi a raflé presque tous les concours d’innovation. Les soutiens institutionnels (collectivités locales, Région, Ademe, French Tech, etc.) et les deux premières levées de fonds (près de 5 millions d’euros au total) ont permis de bâtir des fondations solides. Dans le monde de l’économie, une bonne idée ne peut germer qu’avec la promesse de débouchés commerciaux. « C’est désormais officiel. Nous avons obtenu l’autorisation de vendre nos produits en Belgique », annonce Michaël Roes. En Belgique, mais aussi en Grèce, en Espagne, en Italie et en Allemagne.

Il ne faut pas s’étonner de voir des entreprises florissantes quitter la France dans ces conditions

Quid de la France ? L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) n’a toujours pas donné son feu vert. « Les délais sont plus longs en France. Mais les autorisations obtenues dans les autres pays européens nous donnent de l’espoir », positive la directrice générale, Alexandra Carpentier. Un déblocage est espéré en 2022.

Le président du Conseil régional Alain Rousset a dénoncé cette ankylose au moment de couper le ruban d’inauguration : « Les procédures d’homologation de l’Anses ne sont plus adaptées à l’urgence climatique. Il ne faut pas s’étonner de voir des entreprises florissantes quitter la France dans ces conditions. » La Région a débloqué plusieurs aides depuis 2019 (plus de 250 000 euros) pour accompagner le transformateur d’urine humaine.

Toopi Organics utilise des cuves de 5 000 litres, comme celles utilisées dans les chais viticoles, pour la préparation des engrais naturels.

Toopi Organics utilise des cuves de 5 000 litres, comme celles utilisées dans les chais viticoles, pour la préparation des engrais naturels.

Laurent Theillet/»Sud Ouest »

L’urine du Futuroscope et des JO

Ces difficultés de mise sur le marché en France ne perturbent pas Toopi. « Pour l’instant, l’Anses confirme que nos produits naturels ne présentent aucun risque pour l’environnement », positive Michaël Roes. Le top départ de la mise sur le marché est prévu pour début 2023. « Nous avons déjà précommercialisé trois années de production », chiffre le responsable. Les discussions avec les grandes coopératives agricoles du pays portent déjà leurs fruits. « On sent que les acteurs du monde agricole attendent cette bio solution avec impatience. Des gouvernements africains ont même tapé à notre porte. »

Le but est de construire ces unités près des lieux de collecte de l’urine pour limiter les transports routiers

Toopi ne veut pas griller les étapes et ne s’attaquera au marché européen et mondial que dans un second temps. Si le plan de développement est respecté à la règle, une vingtaine d’unités de production vont fleurir partout en France ces deux prochaines années. « Le but est de construire ces unités près des lieux de collecte d’urine pour limiter les transports routiers. »

L’urine est stabilisée dans des cuves de stockage.

L’urine est stabilisée dans des cuves de stockage.

Laurent Theillet/»Sud Ouest »

L’urine est plus facile à trouver que le pétrole. Toopi a signé plusieurs partenariats pour récupérer sa matière première. Pour la phase expérimentale : le lycée et la mairie de La Réole, les festivals du Sud-Ouest, le Futuroscope. Pour la suite, les ressources ne manqueront pas : « Nous sommes en discussion avec Vinci Autoroutes pour récupérer l’urine sur 400 aires », annonce le président de Toopi.

200 recrutements à l’horizon

Le public et les athlètes des JO de Paris 2024 contribueront aussi à la fabrication des biostimulants. Une discussion est en cours avec la mairie de Paris pour les effluents des toilettes publiques. Précision : l’urine est filtrée et purifiée avant de passer à l’étape de la fermentation.