Gironde : Ted, fondu d’alu et mordu de guitare

Thierry Le Guenne est né près de Nantes il y a quarante-huit ans. Des études scientifiques, un diplôme d’ingénieur…

Thierry Le Guenne est né près de Nantes il y a quarante-huit ans. Des études scientifiques, un diplôme d’ingénieur assemblage matériau. Pendant plus de vingt ans, il a travaillé comme expert en soudure pour Air Liquide, ce qui l’a conduit à Madrid, puis à Bordeaux –, il a une épouse, deux enfants.

À côté, depuis l’âge de 12 ans, il n’a pas lâché le manche à son autre passion à six-cordes. Gamin, il aime Téléphone, des standards du rock (Police, U2). Adulte, il joue dans des groupes semi-pro. Jamais passé le cap mais il touche sa bille, à la gratte comme à la basse. « Ce qui m’intéresse avec la musique, c’est la rencontre », dit Ted, toujours prêt à taper le bœuf.

La première connexion rock-métal, c’était il y vingt ans. Il est fan de Keb Mo, chanteur de blues vintage sur guitare acoustique Dobro, en métal – laiton ou acier. Il en construit une en alu et la montre à son idole. Elle sonne mieux, elle est plus légère, une révélation.

Le son est chaud, il y a du ‘’sustain’‘. Tous les musiciens qui l’ont essayée m’ont dit : ‘’c’est bluffant’’

Plus tard, comme il rêve d’une Les Paul (la lourde guitare de Gibson), il s’en fait une en alu, cette fois électrique, qu’il baptise logiquement Bauxite. Plus tard encore, il fabrique un autre prototype au look plus fuselé, la Saphyr.

« Saphyr » et « Bauxite » dans l’atelier de Ted Guitars.

« Saphyr » et « Bauxite » dans l’atelier de Ted Guitars.

David Thierry/SUD OUEST

S’il persiste, c’est qu’il est convaincu des avantages de l’alu. Le look, plus brillant. Le poids, plus léger que le bois massif. Et puis lui, « il ne craint pas l’humidité. » Ok, mais le son ? D’abord, il est plus stable, assure Ted, avec « effet cage de Faraday », soit moins de larsens. Mais surtout : « il est chaud, il y a du ‘’sustain’‘ » – il dure, ça résonne. « Tous les musiciens qui l’ont essayée m’ont dit : c’est bluffant. »

Ted a choisi de sauter le pas pendant le confinement. Il rompt avec l’employeur, avec un petit capital. Vincent Cuisset et Charly Pairaud, fondateurs de VDLV, sont des amis, eux aussi ex-ingénieurs chez Air Liquide. Ils l’invitent à Cestas et s’associent à l’affaire. Ted Guitars y installe son atelier en janvier 2021.

Le lieu est spacieux, il le partage avec deux autres luthiers (Doctor Volox et Gritty Guitar) et il a d’autres avantages. La chaudronnerie associée à VDLV est mitoyenne. Il nous y guide et on tombe sur Séverine, la soudeuse de la Ted team, qui fait une démonstration. Sans enlever son foulard, elle fait des points sur la tôle préalablement découpée au laser.

Séverine, dans la chaudronnerie voisine, soudeuse pour Ted Guitars.

Séverine, dans la chaudronnerie voisine, soudeuse pour Ted Guitars.

David Thierry/SUD OUEST

Dans l’atelier, on ponce. Néo Broca, du CFA de Bruges (métallerie), devenu spécialiste de la finition des caisses, est son premier apprenti. À côté, des manches de guitare, en bois cette fois. Un diapason standard, une tête courte siglée et une qualité garantie par un luthier, Jean-Pascal Vignau. Thierry fait l’assemblage mais pour les finitions, il se fait aider par meilleur que lui. Il se voit plutôt comme « le chef d’orchestre ».

Autre atout maison : « Le Made in France, c’est une philosophie. Dans mon parcours, j’ai vu trop de délocalisations. » Les têtes et lames sont en noyer de Dordogne, les manches en érable du Jura, les micros viennent de Pau (Crel). Et l’alu ? « On ne trouve plus de bauxite en France mais il est fabriqué dans une fonderie de Dunkerque. » Seules les mécaniques et vibratos viennent d’Allemagne « parce qu’on ne les fabrique pas ici. »

Sidérales ou illuminées

Ted Guitars est une « custom shop » : les pièces sont personnalisables. On peut opter pour l’effet sidéral ou pour des peintures de toutes les couleurs, à la demande. Sur un modèle, il a posé des leds qui illuminent l’engin pendant le solo : effet garanti.

Ted avec son apprenti Néo.

Ted avec son apprenti Néo.

David Thierry/SUD OUEST

La gamme, deux guitares et une basse, va s’enrichir d’un quatrième modèle : la Mottel, au look de Telecaster, pour un son plus sec et avec un « effet relique », de métal vieilli.

« J’aimerais qu’on dise un jour : ça sonne comme une Ted Guitare »

Côté prix, l’entrée de gamme est à 2 400 euros. Pas donné, mais pas plus qu’une bonne américaine.

À ce jour, l’équipe a fabriqué une vingtaine de pièces. En 2022, Ted compte sur une quarantaine. Pour que les ventes suivent, il aimerait passer à la vitesse supérieure. Alors il court les salons, les place en dépôt-vente dans des magasins partenaires. Il a aussi eu l’idée de les laisser dans des studios d’enregistrement de pro. Il a déjà des touches. Des guitaristes célèbres avec lesquels il rêve de lancer une gamme signature. « J’aimerais qu’on dise un jour : ça sonne comme une Ted Guitare. »