Gironde : « On est tous au bord du gouffre », alertent des viticulteurs du Cubzaguais après les orages de grêle

« Dans notre malheur, il nous en reste la moitié. On a des amis qui ont tout perdu », relativiserait presque Vincent Letourneau, l’estomac encore noué par la vision des cadavres d’animaux qu’il a observés dans les rangs en traitant la vigne pour cicatriser les plaies. Des lièvres, des lapins, des palombes, eux aussi victimes des caprices du ciel, qui ne leur fait décidément aucun cadeau. Gel en 2017 et 2021, grêle en 2018 et 2022, sécheresse en 2020… les viticulteurs, plus largement les agriculteurs, payent lourdement les conséquences d’épisodes climatiques catastrophiques. En particulier sur le plan économique avec « des trésoreries en mal depuis 2017 » et des répercussions directes sur toute une filière en plus éprouvée par la crise Covid et une conjoncture déjà difficile pour les vins de Bordeaux. « Derrière il y a tous les fournisseurs de bouteilles, cartons, bouchons, fournitures agricoles… C’est un drame économique », lance Vincent Letourneau. « Il est très dur d’être agriculteur », répètent-ils inlassablement, exprimant leur souffrance sur le manque de reconnaissance. « J’essaye de faire bonne figure mais je suis effondrée. », confie sa mère, les yeux humides.

Vigneron à Saint-Laurent-d’Arce, en limite de Virsac, Jérôme Mottut constate les dégâts de la grêle sur l’une de ses parcelles de vigne.

Vigneron à Saint-Laurent-d’Arce, en limite de Virsac, Jérôme Mottut constate les dégâts de la grêle sur l’une de ses parcelles de vigne.

T. D.

« On se moque de nous »

« Ce sont des jeunes qui bossent, qui ont des familles, ils ne sont pas payés de retour », lance-t-elle en pensant à ses enfants, âgés de 37 et 40 ans. Mais aussi à tous les autres, « céréaliers, maïsiculteurs, éleveurs de bêtes » et bien sûr viticulteurs.

Comme Jérôme Mottut, du château Geneau à Saint-Laurent-d’Arce. Le vigneron a 39 ans, un enfant de 12 ans « autant passionné que moi » par son métier. Et il estime avoir déjà perdu lundi soir 100 % de la récolte de son vignoble de 34 hectares. « On est tous au bord du gouffre. L’agriculture n’est pas reconnue ». « On est toujours la cinquième roue du carrosse », déplore Martine Letourneau à ses côtés. Les assurances ? « On se moque de nous », dit-elle à propos du système basé sur la moyenne de production des cinq dernières années, en écartant la meilleure et la moins bonne. « Le système mis en place au niveau des assurances risques climatiques doit évoluer de telle façon à ce qu’on puisse sauver les exploitations qui se saignent pour s’assurer », lance-t-elle.

Assuré, Jérôme Mottut ne l’était pas cette année contrairement aux précédentes. Il lui reste en stock la totalité de sa récolte de 2020 et la moitié de 2021. Mais les règles sont strictes en termes de volumes et les marchés en difficulté. « Nos syndicats viticoles, le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux, il va falloir qu’il repense à ça », lance-t-il au milieu de ses vignes blessées.