Gironde : le secteur de location saisonnière mise sur les biens d’exception

En plus du château, Jean-Paul et Marie-Claude Lafragette possèdent un domaine de près de 19 hectares.

En plus du château, Jean-Paul et Marie-Claude Lafragette possèdent un domaine de près de 19 hectares.

Fabien Cottereau/ « SUD OUEST »

« Changement des habitudes touristiques »

Ce passé agricole, Jean-Paul Lafragette, propriétaire du domaine, aimerait bien le ressusciter en plantant « quelques ceps de vignes ». Ancien propriétaire du château Laudenne, il a acheté ce domaine à Izon « il y a sept-huit ans ». « Nous sommes amoureux de la vieille pierre. Je cherchais une propriété qui soit jolie, en bordure d’eau et dans laquelle il y ait des possibilités de location saisonnière. » Depuis « 2-3 ans », ce septuagénaire a en effet décidé de louer sa propriété sur Airbnb.

Le château est situé en bord de Dordogne.

Le château est situé en bord de Dordogne.

Fabien Cottereau/ « SUD OUEST »

La principale plateforme de location entre particuliers mise de plus en plus sur ces biens d’exception. « Avec la pandémie, on a observé un changement des habitudes touristiques, explique Bertrand Burdet, directeur adjoint d’Airbnb en France. Il y a une volonté de chercher des séjours plus expérientiels. » D’après la plateforme, les réservations dans « de belles demeures » ont bondi de près de 65 %. Elle a donc créé une rubrique « Patrimoine » sur son application pour mettre en avant des offres locatives patrimoniales.

Sur 4 000 annonces intégrées à cette rubrique, près de 200 se situent en Gironde. Un chiffre qui place le département en deuxième position en nombre de biens à caractère historique sur la plateforme, juste derrière la Dordogne (300). « Cela montre l’héritage du patrimoine local », note Bertrand Burdet. D’autres acteurs du domaine s’intéressent aussi à ce type de prestation. Chez Gîtes de France, une rubrique nommée « demeure de caractère » est dédiée à ces hébergements hors du commun. « Depuis deux ans, la demande a fortement évolué. Il y a ce besoin d’avoir des vacances différentes avec une recherche d’authenticité, de valeurs de partage… Une façon de consommer différente », analyse Solange Escure, directrice générale du site d’hébergement français.

Louer pour financer des travaux

Mais la location de ces biens permet aussi à leur propriétaire de financer des travaux parfois coûteux. « Chaque année chez Gîtes de France c’est à peu près 500 millions d’euros qui sont investis par les propriétaires dans la rénovation du patrimoine bâti », insiste-t-elle. C’est notamment le cas de Morgane et Guillaume Dubos. Ce couple originaire de Bourgogne a acheté un château à Laroque en 2011. « On s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup de châteaux abandonnés dans la région. Les gens sont plus intéressés par les vignes que par le bâti », remarque Guillaume Dubos. Véritables passionnés du patrimoine, ils ont jeté leur dévolu sur cette propriété du XVIIIe siècle, située au cœur de l’Entre-deux-Mers.

« On rénove complètement le château, on est reparti de la terre », raconte ce cadre au sein d’une entreprise de nettoyage. Des travaux qui ont coût. « Aujourd’hui, le prix des travaux a dépassé le prix d’achat. Pour sauver du patrimoine, il faut que ce soit une passion, mais il faut aussi que le porte-monnaie suive, reconnaît-il. Si on voulait faire revivre ce château et faire des travaux, il fallait qu’on crée une activité. »

Le couple a donc développé une activité de location de deux gîtes et de deux chambres d’hôtes qui lui rapporte autour de « 30 000 euros par an sans déduire les charges ». Un complément de revenu qui « aide bien pour financer les travaux ou l’entretien ». Mais les propriétaires ne veulent pas seulement se limiter à cette dimension pécuniaire. « On a créé les gîtes comme si on allait y habiter, insiste Guillaume Dubos. On n’est pas là que pour faire du business. […] La particularité de ce type de bien, c’est qu’il faut faire avec le bâti. Il y a des murs avec une histoire. Il faut réussir à garder l’âme de la maison. » C’est cette âme que viennent chercher de plus en plus de voyageurs.