Gironde et Dordogne : du champ au magasin, comment les fleurs locales gagnent du terrain

À 39 ans, Marcelline Smetek, originaire de Normandie, a déjà eu plusieurs vies professionnelles. Après un master en art du spectacle, elle a débuté comme script sur des tournages à Paris. Un travail « très technique », où sa créativité était trop mise de côté. « Mon statut d’intermittent ne me convenait pas et ce que j’aimais c’était l’événementiel », se souvient-elle. C’est un peu par hasard qu’elle entre à l’école des fleurs de Paris pour faire un CAP. C’est pourtant là qu’elle trouve une nouvelle passion qu’elle peaufine auprès de Fabrice Normand, fleuriste décorateur réputé à Bordeaux, avant d’ouvrir son magasin.

Depuis janvier, elle s’est lancée, avec son compagnon architecte paysagiste, dans un autre métier qui apparaît comme une « suite logique » pour la fleuriste. À Monestier près de Bergerac, ils ont acquis 30 hectares de terrain avec une maison et d’autres bâtiments pour lancer une ferme florale à grande échelle baptisée Champ Tigré. « On ne part pas de rien, notre rapport au végétal est présent, souligne la jeune femme. Nous avions envie de changer, de ralentir notre rythme. » Le couple s’est pourtant lancé dans une aventure un peu folle en Dordogne. « Nous avons dû nous justifier pour tout auprès des banques, mais l’étude de marché que nous avons réalisée a prouvé que les professionnels avaient envie de changer, même dans certaines chaînes. Pour les mariages, c’est également devenu un réel argument de vente. » Bien qu’il ne rentre pas tout à fait « dans les cases », le duo a réussi à décrocher son rêve.

Des arbres, de l’eau et du relief

Alors qu’ils pensaient investir dans une dizaine d’hectares, Marcelline Smetek et Quentin Geoffroy tombent en adoration pour l’immense terrain du Bergeracois. Des arbres, de l’eau et du relief, le site répond à tous leurs critères. « Nous avons de l’eau partout avec quatre puits autour de la maison plus les anciennes cuves viticoles, mais aussi un autre puits qu’on a pu sortir des ronces dans les bois et des zones de résurgences ! », détaille le paysagiste.

En attente de certification bio, ils espèrent aussi profiter du milieu naturel qui leur appartient. C’est comme ça qu’ils feront pousser les hortensias dans les bois pour leur assurer une croissance en quasi-autonomie. S’ils ont déjà lancé leur ferme florale, ils ont bien d’autres projets en tête. Quentin Geoffroy rêve de créer un jardin sur le plateau pour le faire visiter. Ils comptent rénover une maison pour en faire un gîte et proposer des ateliers d’art floral. « Nous sommes entourés de gens qui connaissent mieux la ferme que nous, ce n’est pas une transmission familiale mais une transmission de cœur », relève le duo touché par l’accueil qui lui est réservé dans ce petit coin du Bergeracois.

Le couple compte profiter des cinq à six hectares de bois pour faire pousser des plantes en autonomie et créer des parcours.

Le couple compte profiter des cinq à six hectares de bois pour faire pousser des plantes en autonomie et créer des parcours.

Stéphane Klein/ « Sud Ouest »

Freinée par les retards d’approvisionnement, la ferme florale se développe petit à petit. Les dahlias, tournesols et autres coloquintes prendront place bientôt en pleine terre comme les arbustes et autres branchages fleuris, sans oublier tout ce qu’ils peuvent glaner sur leur terrain. À terme, la ferme devrait bien sûr fournir la boutique-atelier de Marcelline Smetek mais aussi d’autres professionnels bordelais. « La prise de conscience est passée par la nourriture et désormais, elle touche bien d’autres productions. »