Gironde : barrages devant les Docks pétroliers, « si on se bat, c’est aussi pour vous »

De nombreux gendarmes ont été mobilisés afin de sécuriser l’un des ronds-points desservant le site DPA d’Ambès.

De nombreux gendarmes ont été mobilisés afin de sécuriser l’un des ronds-points desservant le site DPA d’Ambès.

Jean-Charles Galiacy

Après des opérations escargot menées le mois dernier sur la rocade bordelaise, la grogne se manifeste d’une nouvelle manière. Ce lundi, à trois heures du matin, une quarantaine d’agriculteurs accompagnés de plusieurs dizaines de transporteurs, taxis ou professionnels œuvrant dans les travaux publics, ont décidé d’opérer des barrages filtrants sur les deux ronds-points de l’avenue des Guerlandes, où se situe le site DPA de Bassens : l’un d’eux a été autorisé par la préfecture, l’autre non. Ce second point de blocage a été déplacé non loin, vers le chemin des Picotous. Si certains manifestants ont tenté de passer en force, l’utilisation de gaz lacrymogène les en a finalement dissuadés. Malgré ces quelques tensions, la situation était calme peu avant 6 heures.

Le dépôt DPA de Bassens affiche une capacité de stockage de 260 000 mètres cubes de carburant.

Le dépôt DPA de Bassens affiche une capacité de stockage de 260 000 mètres cubes de carburant.

Fabien Cottereau/« SUD OUEST »

Le dépôt DPA de Bassens (1), créé à la fin des années 60 et alimenté par trois pipelines, affiche une capacité de stockage de 260 000 mètres cubes de carburant. Jusqu’à 500 camions-citernes peuvent y être chargés par jour à destination de stations-service ou autres sociétés du Grand Sud-Ouest. Depuis ce lundi, les poids lourds y passent au compte-goutte.

Les représentants des professions en colère ont été reçus ce lundi, en milieu de matinée, à la préfecture de Gironde par la sous-préfète Delphine Balsa et des responsables de services de l’État. Une réunion de près de deux heures durant laquelle ils ont tout particulièrement réclamé « une redistribution de la TICPE (NDLR, Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) pour tous afin de compenser la hausse du prix du carburant ». « Ils ont été bien à l’écoute, retenait Marc Plantivaux, du Collectif des transporteurs en colère. Ils nous ont promis de revenir vers nous d’ici mercredi. » En attendant, les barrages doivent perdurer à Bassens.

Des représentants des différentes professions en colère ont été reçus ce lundi, en milieu de matinée, à la préfecture.

Des représentants des différentes professions en colère ont été reçus ce lundi, en milieu de matinée, à la préfecture.

Fabien Cottereau/« SUD OUEST »

Dans la matinée, dans un noir glacial, certains ont sorti leur calculette. Autour du feu improvisé et d’un café pour se réchauffer les mains, Jeff, un transporteur routier proche de la soixantaine à Saint-Loubès, explique vivre « sur sa trésorerie » depuis plusieurs mois. Face à une augmentation de 75 centimes du litre sur les derniers mois, le patron d’une quarantaine d’employés comptabilise 112 euros qui s’envolent tous les 500 kilomètres. Avec l’explosion du prix de l’essence, il dit « rouler à perte ». « Si on se bat, c’est aussi pour vous », lâche un de ses camarades. Autour des palettes qui brûlent et de quelques saucissons ou bouteilles de vins posés sur une table de fortune, on se méfie parfois des journalistes, suspectés d’être « complices du pouvoir ».

En attendant des réponses de l’État, attendues d’ici mercredi, les bloqueurs comptent maintenir les barrages filtrants.

En attendant des réponses de l’État, attendues d’ici mercredi, les bloqueurs comptent maintenir les barrages filtrants.

Fabien Cottereau/«SUD OUEST»

Emmanuel Macron ou son gouvernement ne sont pas non plus en odeur de sainteté alors que se profile le premier tour du scrutin présidentiel. Viticulteur à Saint-Gervais, dans le Cubzaguais, depuis dix ans, David, la trentaine, est venu en tracteur avec de nombreux copains agriculteurs. « L’aide de 18 centimes, c’est du pipi de chat », livre le vigneron qui estime à 60 000 euros ses pertes sur l’exercice 2021 en raison de la hausse du prix du gazole. De quoi flamber ses bénéfices.

Aux abords du dépôt DPA de Bassens, les camions passent au compte-goutte.

Aux abords du dépôt DPA de Bassens, les camions passent au compte-goutte.

Fabien Cottereau/«SUD OUEST»

Selon les autorités, une quarantaine de véhicules agricoles, une vingtaine de taxis et une trentaine de camions participant aux deux barrages ont été recensés ce lundi, lors de différents pointages. « Mais nous avons des renforts, des roulements doivent être mis en place », nous précise un manifestant.

Leur opération pourrait donc au moins perdurer jusqu’à mercredi. En l’absence de réaction de l’État, Marc Plantivaux, du Collectif des transporteurs en colère, et Éric Roulière-Laumonier, représentant le Syndicat des taxis de la communauté urbaine de Bordeaux et de la Gironde (STCG) n’excluaient pas non plus de nouvelles actions dans les jours prochains. Sans en dire davantage sur leurs méthodes ou les secteurs ciblés.