Gironde : à Villenave-d’Ornon, « entendre dire qu’on est des bétonneurs, ça use »

« Vous n’êtes pas des humanistes profondément convaincus », tance-t-il, sans détour. « Merci pour la leçon d’histoire », réplique le maire (divers droite) Patrick Pujol. Ainsi va le conseil municipal de Villenave-d’Ornon, parfois vif, sans doute à l’excès, et s’autorisant quelques digressions nationales ou géopolitiques. Et pourtant, une fois déroulé le budget 2022, le premier adjoint Michel Poignonec s’est efforcé d’en « bouleverser l’ambiance feutrée », mettant sur la table l’amende de 120 000 euros dont devra à nouveau s’acquitter la commune pour non-respect de ses obligations en matière de logement social.

Des efforts

Au 31 décembre 2021, Villenave-d’Ornon, plutôt bon élève à l’échelle de la Métropole, comptait 22,6 % de logements sociaux, au-dessous des 25 % imposés. En quinze ans, leur nombre est « passé de 1900 à 4 300 », en ligne avec les objectifs assignés par la loi jusqu’en 2017. Ensuite, « on a commencé à payer », reprend le maire Patrick Pujol. « Si c’est pour construire des logements sociaux, on essaie de ne pas sanctionner les élèves attentifs », regrette-t-il.

Michel Poignonec entend aussi mettre l’opposante socialiste Stéphanie Anfray face à ses éventuelles contradictions, alors qu’Alain Anziani, président PS de Bordeaux Métropole, « a renouvelé sa proposition de construire de 80 000 à 100 000 logements d’ici 2030, dans le sillage de l’exhortation de la préfète Fabienne Buccio : ça fait 4 000 logements à Villenave-d’Ornon, dont 1 800 à 2000 logements sociaux. » Dans une rare interpellation majorité-opposition, le premier adjoint poursuit : « Vous avez fait partie de celles et ceux qui étaient les plus virulents durant la campagne pour dire qu’on était des bétonneurs. Quelle est votre position ? »

Au micro, l’opposante Stéphanie Anfray, interpellée par la majorité.

Au micro, l’opposante Stéphanie Anfray, interpellée par la majorité.

D. B.

« Pas n’importe comment »

« La question du logement social et du logement, ce n’est pas du logement n’importe comment », défend Stéphanie Anfray, énumérant « végétalisation », « mobilités collectives » et citant le dernier rapport du Giec. « C’est un tout, une cohérence, une ville accueillante, mais pas des logements n’importe comment. »

« Les programmes de logement sont agréés, on a fait en sorte que la partie environnementale soit la plus grande possible. On nous demande aujourd’hui de surdensifier, de monter en hauteur, d’utiliser à 100 % les possibilités du PLU. Entendre dire qu’on est des bétonneurs, au bout d’un moment, ça use », soupire Patrick Pujol. Vent debout contre « cette folie de la Métropole millionnaire », Guillaume Latrille n’en interpelle pas moins le maire : « Vous avez siégé dans la majorité, vous avez construit cet aimant métropolitain qui n’a aucun sens. »