Gironde. À Saucats, le méga-projet solaire Horizeo passe la marche avant

« Nous allons poursuivre le développement d’Horizeo en y intégrant des évolutions »

Les deux entreprises pilotes avaient le choix entre « stop » et « encore ». Elles ont choisi « encore ». Deux mois après les recommandations prononcées par la Commission nationale du débat public (CNDP…

« Nous allons poursuivre le développement d’Horizeo en y intégrant des évolutions »

Les deux entreprises pilotes avaient le choix entre « stop » et « encore ». Elles ont choisi « encore ». Deux mois après les recommandations prononcées par la Commission nationale du débat public (CNDP), « nous allons poursuivre le développement d’Horizeo en y intégrant des évolutions », a indiqué Bruno Hernandez, le directeur du projet chez Engie. Ce mardi 31 mai, il tenait une conférence de presse à Bordeaux en compagnie de Mathieu Le Grelle le directeur du développement de l’entreprise.

Mathieu Le Grelle, le directeur du développement chez Engie, et Bruno Hernandez, le directeur du projet Horizeo, ont exposé les raisons pour lesquelles les maîtres d’ouvrage veulent poursuivre.

Mathieu Le Grelle, le directeur du développement chez Engie, et Bruno Hernandez, le directeur du projet Horizeo, ont exposé les raisons pour lesquelles les maîtres d’ouvrage veulent poursuivre.

Fabien Cottereau / « SUD OUEST »

Horizeo s’annonce colossal. Aucun équipement photovoltaïque ne couvre une telle superficie en France. Présentée à juste titre comme un record en la matière à l’époque de son inauguration, en 2015, la centrale voisine de Cestas ne s’étale « que » sur 260 hectares. La puissance prévue pour Horizeo est à l’avenant : 1 gigawatt (GW). Si le projet voit le jour, la production électrique serait de l’ordre de 1,6 térawattheure (TWh), soit 1,6 milliard de kilowattheures par an. Le photovoltaïque étant une énergie intermittente, il convient de comparer ce chiffre avec des énergies dites « pilotables » (à la demande). En 2020, les quatre réacteurs de 0,9 GW chacun de la centrale nucléaire du Blayais, en Gironde, ont craché 23,37 TWh.

Le centre de données devient secondaire

Horizeo ne se limite pas à la mer de panneaux qui ourlerait le paysage sur des parcelles aujourd’hui consacrées à l’exploitation du pin maritime et à la chasse. À l’origine, le projet devait comprendre un centre de données (data center), un électrolyseur pour produire de l’hydrogène, des batteries pour la régulation du réseau électrique et une partie dédiée à l’agrivoltaïsme – des cultures combinées à la production d’électricité.

La copie révisée biffe le centre de données, qui devra trouver sa place ailleurs. « On cherche une zone déjà artificialisée, voire urbaine, avec une alimentation 100 % énergies renouvelables », a indiqué Bruno Hernandez. Ceci éviterait la bétonnisation et l’imperméabilisation de deux ou trois hectares sur le site. La nouvelle mouture suspend aussi un point d’interrogation au-dessus de l’électrolyseur. Engie et Neoen subordonnent leur décision sur ce point à l’émergence de besoins en hydrogène proches : des flottes de bus à l’hydrogène à proximité et/ou des industries intéressées. La part dévolue à l’agrivoltaïsme pourrait grandir.

Neoen et Engie envisagent de présenter une offre de fourniture d’électricité aux particuliers

Le modèle économique du projet bouge un peu, lui aussi. Alors que la production électrique était destinée à l’origine à des clients industriels par des contrats de gré à gré, Neoen et Engie envisagent de présenter une offre de fourniture d’électricité aux particuliers dans un périmètre à définir autour du parc. Ils comptent également s’adosser à un financement participatif (citoyen), minoritaire sur l’investissement total, de l’ordre du milliard d’euros. En impliquant les populations, ces avancées pourraient désamorcer certaines critiques.

Le déboisement reste un os

Ceci posé, l’essentiel demeure : le changement de vocation de mille hectares de parcelles sylvicoles. Organisé de septembre 2021 à janvier 2022 sous l’égide de la CNDP, le débat a bien montré que les oppositions, modérées comme virulentes, se cristallisent sur l’image d’une forêt mise à bas pour la cause des panneaux solaires.

En quoi est-il pertinent de mordre sur le puits de carbone du massif forestier pour produire de l’électricité décarbonée ? Comment compenser ? Les porteurs du projet pensent lancer un appel à manifestation d’intérêt pour que les propriétaires fonciers intéressés se fassent connaître. Sur les autres points durs – la prévention des incendies et des inondations, l’influence d’une telle surface de panneaux sur le climat local –, des mesures supplémentaires de gestion des risques et des études sont dans les cartons.