Gironde : à Mérignac, comment les déchets redeviennent de la matière première

L’entreprise est partenaire de l’éco-organisme Aper pour la déconstruction de bateaux et le recyclage des déchets du secteur nautique.

L’entreprise est partenaire de l’éco-organisme Aper pour la déconstruction de bateaux et le recyclage des déchets du secteur nautique.

Fabien Cottereau / « SUD OUEST »

À la faveur d’extensions successives, Péna Métaux a pris ses aises à Mérignac. Le site où est installé le siège social du groupe occupe à présent 6 hectares bordant le chemin de la Poudrière. Devant soi, des hangars, des enfilades d’alvéoles de stockage et un ballet bruyant de véhicules manœuvrant sur une plateforme en béton. À gauche, l’espace réservé aux métaux non ferreux. Ces derniers symbolisent l’activité historique du groupe. Dans un compartiment à ciel ouvert, des hélices sont entreposées. Énormes. « Ce sont celles d’un paquebot, on le voit à leur taille », dit un technicien en les comparant aux modestes modèles issus du démantèlement de bateaux de plaisance.

À quelques pas, une compression cubique en zinc. Puis une autre en aluminium tiré de radiateurs automobiles. On croirait des ébauches du sculpteur César. Moins esthétiques sont les monticules de câbles, d’anciens compteurs électriques. Ou bien ces chutes d’alu provenant de l’industrie aéronautique. La relique aplatie d’un seau à champagne siglé Taittinger gît au pied d’un amas. Laiton, inox, ferrailles, plomb… Tout est ici trié. La seule partie des métaux compte près de 200 familles, entre les matières pures et les divers mélanges. Les flux brassés sont le reflet de notre société de consommation.

Les 13 mètres de hauteur permettent aux engins de travailler aisément sous les hangars.

Les 13 mètres de hauteur permettent aux engins de travailler aisément sous les hangars.

Fabien Cottereau / « SUD OUEST »

« On cherche à ce que tous les déchets passant entre nos mains soient recyclés, réintégrés dans un nouveau cycle »

Le centre de recyclage abrite une petite mine d’or. En témoigne cette quantité de cuivre qui sera réinjectée dans un nouveau cycle industriel.

Le centre de recyclage abrite une petite mine d’or. En témoigne cette quantité de cuivre qui sera réinjectée dans un nouveau cycle industriel.

Fabien Cottereau/SUD OUEST

1 000 tonnes de machines à laver par mois

Pour autant, le stockage n’est pas une fin en soi. « On cherche à ce que tous les déchets passant entre nos mains soient recyclés, réintégrés dans un nouveau cycle. Nous fabriquons des matières premières pour l’industrie », souligne Marc Péna, convaincu de servir la cause de l’économie circulaire. Deux sources d’approvisionnement prédominent : les bennes directement posées chez des industriels et les volumes achetés auprès de récupérateurs professionnels n’ayant pas les moyens d’assurer le tri. « Ils nous adressent des lots en vrac et on s’occupe du reste », résume le commercial Clément Picart. Avant de rappeler qu’une tonne d’aluminium fabriquée à partir de matière recyclée réduit les émissions de CO2 de 93 % .

Des balles de matières compactées s’élèvent sur plusieurs mètres de hauteur.

Des balles de matières compactées s’élèvent sur plusieurs mètres de hauteur.

Fabien Cottereau / « SUD OUEST »

Le recyclage des ferrailles en France représente l’équivalent de 1 200 tours Eiffel, selon la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage. À Mérignac, Péna Métaux absorbe 2 000 tonnes de métaux par mois. Le centre dispose aussi de chaînes pour traiter les plastiques industriels et les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). « On reçoit 1 000 tonnes de machines à laver par mois. Et 1 000 autres de petit électroménager », précise le dirigeant.

Combustible

Sous un autre hangar, en partie centrale, la pince d’une grue balaye le sol, démêlant un entrelacs de bois, papiers, cartons et films plastiques. L’usine réceptionne aussi les déchets d’éco-organismes, notamment les vieux meubles déposés par des particuliers dans des lieux dédiés. Des opérateurs à pied affinent ensuite manuellement la séparation des futures matières premières. Environ 40 % de l’ensemble file en valorisation auprès de panneautiers, plasturgistes, etc. C’est la priorité. Ensuite, une large part non recyclable (50 %) sert à fabriquer du combustible solide de récupération (CSR) sur place. Le solde non valorisable (10 %) est éliminé ailleurs.

Des engins transportant des déchets circulent continuellement sur la plateforme.

Des engins transportant des déchets circulent continuellement sur la plateforme.

Fabien Cottereau / « SUD OUEST »

Le gisement des déchets non dangereux pour le CSR suit un process spécifique de broyage, criblage, convoyage et granulation. Avant de remplir des semi-remorques prêtes à partir en bout de chaîne. « Ce combustible est utilisé comme alternative au charbon dans les cimenteries », indique l’industriel, évoquant un produit à faible émission carbone fossile comparé au charbon. Produisant 25 000 tonnes de CSR, Péna espère doubler la quantité l’an prochain. À condition de réussir à sourcer les nouveaux gisements nécessaires.