Gel dans le Sud-Ouest : les épisodes à répétition bouleversent le monde viticole

« Dans le vignoble, le gel, on connaît. Ça ne date pas d’hier. Mais aujourd’hui, la donne change, on sent qu’il se passe quelque chose de…

« Dans le vignoble, le gel, on connaît. Ça ne date pas d’hier. Mais aujourd’hui, la donne change, on sent qu’il se passe quelque chose de plus profond, de plus grave sans doute. » Édouard Massie, œnologue au sein du cabinet girondin Oenoconseil, résume ainsi toutes les interrogations des vignerons et des techniciens de la filière. « De mémoire d’anciens, on n’avait jamais vu ça. »

Des gels dévastateurs plus fréquents

En fait, c’est la multiplication des épisodes, en très peu d’années, qui brouille les repères. En effet, alors que le dernier grand gel dévastateur remontait à 1991, ce fléau vient de frapper fort, coup sur coup, en 2017, 2021 puis maintenant 2022. Le tout de façon généralisée, dans notre région comme au niveau national. Et ce sans compter des épisodes plus localisés en 2019 et 2020. L’exceptionnel devient régulier.

« Il y a un double phénomène, explique Annabel Garçon, conseillère à la Chambre d’agriculture de la Gironde. Avec les hivers doux, la vigne pousse plus précocement. Du coup, un gel en avril peut vite causer des dégâts importants. Ensuite, les revirements brutaux de températures font mal : 15 °C une semaine, puis sous zéro dans la foulée. Tout le monde pointe le dérèglement climatique. »

Le week-end dernier, le thermomètre est descendu par endroits jusqu’à – 7°C, –  8 °C. Des records historiques. Heureusement, la végétation est un peu moins avancée qu’en 2021, d’où peut-être des dégâts moindres. Même s’il faudra attendre plusieurs jours pour de premières estimations. Sachant aussi que les risques perdureront jusqu’aux saints de glace (11 mai).


Les vignerons s’équipent

Sur le terrain, les vignerons s’organisent, le gel d’avril 2021 ayant fait office d’électrochoc. En amont, ils taillent parfois plus tard pour retarder la sortie des bourgeons. Et cet hiver, pour mieux comprendre ce phénomène météorologique complexe (gel d’hiver ou de printemps, mouvement des masses d’air, températures au sol, reflets des rayons du soleil), les réunions d’informations se sont succédé. Et les équipements – pour ceux qui ont le moyen – se sont multipliés, au-delà du traditionnel brûlage de bottes de foin.

Au delà du bilan financier, tous ces épisodes de gel jouent sur le moral des vignerons

D’abord, avec le marché des bougies (quelques kilos de paraffine dans des pots) qui a explosé, et les prix avec. Disposées entre les rangs, elles réchauffent l’atmosphère. Une technique qui demande de la main-d’œuvre, pour les placer, les allumer puis les retirer. Ensuite avec des tours anti-gel, des éoliennes dont les pales brassent l’air et le rabattent au sol (elles valent plus de 40 000 euros/pièce). Grâce à d’importantes subventions versées par les pouvoirs publics depuis l’an passé, nombre de propriétés se sont équipées. Plusieurs entreprises innovent aussi avec de nouveaux dispositifs.

Conséquences économiques

Les épisodes de gel ont aussi des conséquences économiques. À chaque fois, des exploitations perdent tout ou partie de la récolte. En 2017, le Bordelais a vu ses volumes amputés d’un bon quart. Conséquence, par manque de vin disponible, les prix du vrac (le cœur du marché) se sont envolés. Les négociants ont dû payer les vins plus chers. Une hausse répercutée sur les tarifs des bouteilles et du coup, nombre de débouchés ont été durablement perdus, notamment dans la grande distribution, là où tous les centimes comptent. Au profit notamment de vins de la Vallée du Rhône ou du Languedoc-Roussillon.