François Berléand : « J’avais commencé à travailler dans la pub avant de tout quitter pour le théâtre »

François Berléand au Théâtre libre, à Paris, le 24 mars 2022. François Berléand au Théâtre libre, à Paris, le 24 mars 2022.

François Berléand déboule à notre rendez-vous avec un casque de vélo vissé sur la tête. « Il n’y a pas d’autre moyen de circuler dans Paris aujourd’hui ! », se justifie l’acteur. Aujourd’hui, à 70 ans tout rond, il est partout. A l’écran comme sur les planches. Il est actuellement à l’affiche de Par le bout du nez, une comédie sur le pouvoir avec Antoine Duléry au Théâtre libre, à Paris. En juin, il sera aussi le parrain de la première édition du Festival du cinéma français, à Aix-les-Bains.

Malgré son succès, il n’a pas oublié d’où il venait. Sa notoriété est venue sur le tard, vers l’âge de 45 ans, grâce à son rôle dans le film Le Septième Ciel (1997), de Benoît Jacquot, puis à Ma petite entreprise (1999), de Pierre Jolivet, qui lui vaudra le César du meilleur acteur dans un second rôle. L’acteur a grandi dans une famille « mixte », entre une mère catholique et un père juif russe. Il évoque ses difficultés de lecture, son adolescence tourmentée, ses années d’études en école de commerce dont il a gardé des amis très chers et une appétence pour les pages économiques des journaux. Il revient aussi sur ses débuts dans la pub, écourtés par sa passion pour le théâtre.

« Mon père s’est mis à fabriquer des couvre-téléphones en velours vieil or. C’était affreux, mais ça marchait bien ! »

Dans quel milieu avez-vous grandi ?

Ma mère était issue d’une famille catho. Mon père, juif russe originaire d’Odessa (Ukraine), diplômé de médecine, n’avait pas un sou quand il est arrivé en France, en 1928. Il a dû se faire lui-même. Il a dégotté un petit atelier rue Michel-le-Comte, au cœur du Marais, le quartier le plus pauvre de Paris à l’époque, où il s’est lancé dans une activité de sculpteur sur bois. Le loyer lui coûtait 50 francs par mois, ce qui me semblait une fortune. D’autant qu’il n’y avait même pas l’eau chaude. C’est là que j’ai passé tout le début de mon enfance. Nous avons ensuite déménagé dans un deux-pièces avec salle de bains, avenue de Versailles, dans le 16e arrondissement, avant de migrer vers Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), quand mon père s’est mis à fabriquer des couvre-téléphones en velours vieil or. C’était affreux, mais ça marchait bien ! L’été, je passais mes vacances dans la maison de ma grand-mère à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), où j’ai d’ailleurs été conçu. Je ne sais pas si c’est pour cela, mais j’adore le Pays basque. Pour moi, c’est la plus belle région de France.

Quel enfant étiez-vous ?

J’étais assez perturbé. Un soir, quand j’avais 11 ans, mon père, qui était un peu alcoolique, m’a lancé, au détour d’un dîner arrosé : « Toi, de toute façon, t’es le fils de l’Homme invisible. » Comme je suivais le feuilleton à la télé, j’ai vraiment pris sa boutade au pied de la lettre. Peu à peu, j’ai développé une sorte de paranoïa, de schizophrénie. Dans le métro, dans le bus, je parlais tout seul, je faisais des grimaces aux voyageurs. La nuit, j’échafaudais toutes sortes de scénarios, comme entrer dans une banque pour faire main basse sur une montagne de billets et de lingots d’or et les partager ensuite avec les pauvres, les copains et ma famille, ou m’introduire à l’Elysée pour embarquer des dossiers secrets. Je me suis même inventé une trisomie. Cette petite comédie que je me suis jouée tout seul m’a valu quantité de rendez-vous chez les psys jusqu’en terminale. Mais elle m’a aussi permis, au fond, de prendre de l’avance dans ma carrière, puisque j’avais déjà l’habitude de jouer un rôle.

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