Féminicides : un protocole de prise en charge des enfants, victimes jusqu’ici « invisibles »

Ce protocole instaure la prise en charge immédiate, systématique et spécifique de ces enfants, à l’hôpital pendant une durée minimale de 72 heures.

Ce protocole avait été expérimenté à partir de 2016 en Seine-Saint-Denis. « Et ce temps d’expérimentation a montré ses bienfaits. Dans ses grands principes, ce protocole instaure la prise en charge immédiate, systématique et spécifique de ces enfants, à l’hôpital pendant une durée minimale de 72 heures, ainsi qu’une ordonnance de placement provisoire immédiate. Le Parquet peut également suspendre, sans délai, le droit d’hébergement et le droit de visite. L’enfant se retrouve ainsi dans un environnement sécurisé dans lequel il pourra bénéficier de soins médicaux et d’une évaluation sociale nécessaire à son accueil et son accompagnement », a précisé le secrétaire d’État aux différents partenaires présents à ses côtés, représentant l’agence régionale de santé, les services de l’État, les professionnels de santé du CHU et de Charles Perrens, le Conseil départemental de la Gironde, la police, la gendarmerie et le Parquet.

Le Dr Myriam Marichal, référente de l’Unité d’accueil pédiatrique enfants en danger, a expliqué au secrétaire d’État l’agencement des locaux.

Le Dr Myriam Marichal, référente de l’Unité d’accueil pédiatrique enfants en danger, a expliqué au secrétaire d’État l’agencement des locaux.

DAVID Thierry / “SUD OUEST”

La Gironde, candidate

Profitant des dernières heures le séparant de son droit de réserve, pour cause d’élection présidentielle, Adrien Taquet a annoncé le déploiement immédiat de ce protocole en Gironde et dans le Rhône et une accélération de sa généralisation dans les jours à venir dans tous les départements.

Jean-Luc Gleyze, président du Conseil départemental de la Gironde, a rappelé combien son département avait été particulièrement traumatisé en 2021 par les féminicides de Chahinez Daoud, brûlée vive par son ex-conjoint à Mérignac, laissant trois orphelins et par celui de Sandra Pla, mère d’une petite-fille, poignardée par son ex-conjoint à Saint-Augustin, quelques semaines plus tard. « En 2021, ce sont 3 200 plaintes pour violences conjugales qui ont été enregistrées en Gironde. Je salue cette prise en charge spécifique des enfants présents lors de ces drames mais je souhaiterais aller plus loin. C’est pourquoi je vous propose la candidature du département pour expérimenter une justice spécialisée comme elle existe et donne des résultats en Espagne. »

Ce jeudi, Adrien Taquet a également tiré profit de sa visite pour inaugurer la toute dernière unité d’accueil pédiatrique enfants en danger (Uaped) de la région, (la première en Gironde) dans les locaux du Cauva (Centre d’accueil en urgences de victimes d’agressions) au CHU de Bordeaux. « Il s’agit par ces unités de prendre en charge les enfants victimes de maltraitance, par la porte d’entrée du soin » a martelé le secrétaire d’État qui avait fait de ces Uaped la pierre angulaire de son plan de lutte contre les violences faites aux enfants en 2019.

Adrien Taquet aux côtés de la procureure de la République et des forces de l’ordre a découvert la salle d’audition et la salle d’OPJ, installées au sein de l’Uaped.

Adrien Taquet aux côtés de la procureure de la République et des forces de l’ordre a découvert la salle d’audition et la salle d’OPJ, installées au sein de l’Uaped.

Valérie Deymes / “Sud Ouest”

Médecine et justice, main dans la main

L’unité en question permet de faciliter le parcours médico-judiciaire de la victime, en un seul lieu. Autrement dit, elle est composée d’une salle d’OPJ (officier de policier judiciaire) et d’une salle d’audition, l’enfant peut être de suite auditionné et sur le même site, bénéficier d’une prise en charge pluridisciplinaire (médecin légiste, pédiatre, puéricultrice, psychiatre, assistant socio-éducatif).

« Ce n’est pas l’enfant qui se déplace mais les professionnels qui viennent à lui. Le volet médico-légal et le volet judiciaire sont associés », a expliqué le Dr Myriam Marichal, médecin légiste, référente Uaped, en rappelant que le Cauva a en 2021 accueilli 1 600 enfants soit 30 % de son activité. « Notre unité prendra en charge ces jeunes victimes sur réquisition mais parallèlement, nous travaillerons hors réquisition, afin de monter en compétence sur la prévention en faisant des évaluations médico-psycho-sociales. »

Le secrétaire d’Etat souhaite que l’Uaped soit aussi un centre de ressources, voire un accompagnement à la formation et la détection des situations préoccupantes, pour les professionnels du territoire. Fin 2022, la France devrait compter une centaine d’Uaped.