Entreprises : « La RSE est une réponse libérale à un modèle de développement de plus en plus dérégulé »

Patrick d’Humières.

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Photo personnelle

Pouvez-vous expliquer ce qu’est la RSE ?

La RSE, c’est l’application du développement durable aux entreprises. C’est la question du rapport entre l’entreprise et la société. L’entreprise est une création du XIXe siècle. Elle produit des biens et des services qu’elle met sur le marché aux meilleures conditions…

Patrick d’Humières.

Patrick d’Humières.

Photo personnelle

Pouvez-vous expliquer ce qu’est la RSE ?

La RSE, c’est l’application du développement durable aux entreprises. C’est la question du rapport entre l’entreprise et la société. L’entreprise est une création du XIXe siècle. Elle produit des biens et des services qu’elle met sur le marché aux meilleures conditions de rentabilité. Mais pendant longtemps, elle s’intéresse peu à la question de savoir si elle pollue et si les salariés sont contents. Le développement de l’économie occidentale s’est fait à marche forcée. Et puis, est arrivé un moment où le rapport bénéfice-coûts a commencé à craquer et on a vu qu’il y avait des problèmes derrière. Quand on voit que la planète chauffe, qu’il y a des morts à cause de la pollution, qu’est-ce qu’on fait ? On arrête l’entreprise ou alors on produit autrement. Mais il faut être à la hauteur.

Comment est apparue cette notion ?

Le concept est né de la convention de Stockholm, il y a cinquante ans, en 1972, d’un mouvement de remise en cause par la société civile qui a soulevé la question. À l’époque il y avait déjà le problème de la couche d’ozone qui se posait de manière très grave. Il y a eu le naufrage de « l’Amoco Cadiz », l’affaire de Bhopal, beaucoup d’accidents. La réaction face à une croissance qui avait beaucoup d’effets négatifs s’est organisée. Et les entreprises ont réagi pour essayer de corriger cela. La RSE est une réponse libérale à un modèle de développement libéral de plus en plus dérégulé. Mais en 2015, au moment de la signature des accords de Paris, on s’est rendu compte qu’il y avait de plus en plus de pollution, que les entreprises n’avaient pas fait le job et qu’il fallait agir. Aujourd’hui face à l’insuffisance de réponse et de remise en cause des entreprises, il faut passer par la réglementation. Les entreprises doivent réorienter leur projet pour satisfaire à la fois leur développement propre et la réponse aux enjeux collectifs.

Le péché mortel de la RSE, c’est la communication.

La question de la RSE est devenue incontournable pour les entreprises. Mais cela ne signifie pas qu’elles prennent toute

Le péché mortel de la RSE, c’est la communication. Si une entreprise commence à dire « regardez ce que je fais, je suis la meilleure », elle n’est pas crédible. Les entreprises doivent mener une réflexion approfondie et ensuite s’assurer que ce qu’elles font s’inscrit dans une dynamique qui va vraiment avoir des effets. Ensuite qui peut les juger ? Les premiers à s’y intéresser sont les investisseurs. Il y a toute la démarche de la finance durable et responsable qui, depuis dix ans, fait vraiment bouger les choses. Il y a aussi les consommateurs. Mais ils ont très peu d’éléments d’information à leur disposition. Les étudiants commencent à faire pression en refusant d’aller travailler dans des entreprises qui ne sont pas solidaires de la planète, comme ceux d’AgroParisTech. Les salariés sont plus prudents. Enfin, il y a les régulateurs, les gouvernements, qui peuvent mettre en place des obligations, comme l’arrêt du plastique. Mais ils ont aussi leurs contradictions, ils veulent maintenir l’emploi, ne pas tuer les entreprises.

Que penser des labels RSE que revendiquent de nombreuses sociétés ?

Ils ont un bon et un mauvais côté. Le label est l’attestation d’une démarche d’engagement qui doit être sérieuse et contrôlée. Mais il faut prendre cela avec des pincettes. Ce qui compte c’est l’engagement de la gouvernance, des dirigeants, pour traiter ses impacts négatifs et positifs en associant ses collaborateurs et sur son territoire.

Qu’appelle-t-on une entreprise à mission ?

C’est une catégorie qui a été créée par la loi Pacte 2019 et qui n’existait pas en France. Elle est réservée à des entreprises qui veulent pouvoir afficher une préoccupation d’utilité sociale et d’intérêt général plus forte. C’est inscrit dans leurs statuts, ce qui fait qu’il n’y a plus de débats avec les actionnaires. Et elles ont des engagements à satisfaire. C’est une avancée mais cela ne résout pas le problème pour les entreprises cotées qui ont des actionnaires qui n’acceptent pas d’avoir un rendement moins élevé. Il y a environ 500 entreprises à mission aujourd’hui en France. Et ce sont des petites sociétés, à part Crédit Mutuel et Danone.

« Sud Ouest » organise du 20 au 24 juin, sa semaine de la Raison d’être pour échanger sur la transformation du groupe et les projets concrets développés comme Inf’Océan sur les dangers des baïnes.