Entre la France et la Russie, malgré la guerre, les affaires continuent dans le nucléaire

Une vue du site de construction de la centrale nucléaire d’Akkuyu, en Turquie, le 3 avril 2018.

Pendant la guerre, les affaires continuent… tant que les sanctions européennes ne tombent pas. EDF et Rosatom sont en négociations pour la reprise par le conglomérat russe de l’industrie nucléaire d’une partie de la société fabricant des turbines à vapeur Arabelle qui équipent les centrales françaises et des centrales d’autres pays, écrit Le Figaro, dans son édition du 9 mars. Après avoir été vendue à l’américain General Electric (GE), en 2015, avec tout le secteur énergie d’Alstom (GEAST), cette activité jugée « stratégique » par le gouvernement est en passe de réintégrer le giron français.

EDF et Rosatom ont, selon le quotidien, approuvé un pacte d’actionnaires prévoyant que le groupe russe acquière 20 % de l’activité, les 80 % restants étant contrôlés par son partenaire français. « L’entreprise ne fait pas de commentaire », indique un porte-parole d’EDF. « Dans tous les cas, nous nous plierons aux décisions de l’Etat actionnaire », ajoute un de ses dirigeants. Jusqu’à présent, le secteur nucléaire n’a pas été frappé par les sanctions européennes, pas plus que le pétrole et le gaz.

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L’Etat actionnaire va-t-il donner son feu vert ou mettre son veto ? Au ministère de l’économie, on indique que l’accord entre EDF et GE pour reprendre une partie de l’activité turbines à vapeur de l’américain « n’oblige en rien à faire monter Rosatom au capital de GEAST ». « Il n’y a pas d’accord signé avec Rosatom ni de discussions aujourd’hui pour son entrée au capital de GEAST », ajoute-t-on. Le gouvernement n’a donc pas, selon Bercy, à mettre son veto à une telle opération.

Un partenaire de longue durée

Mais si l’on s’extrait du contexte géopolitique, l’opération a du sens. Le fabricant de ces turbo-alternateurs, les plus puissants du monde, est un fournisseur stratégique de Rosatom : ils équiperont la centrale qu’il construit à Akkuyu, dans le sud de la Turquie, et plus tard celle d’El-Dabaa, dans le nord de l’Egypte. Soit huit turbines au total. D’autres sites en projet en dehors de la Russie, comme au Bangladesh, pourraient être équipés d’Arabelle. L’opération serait aussi intéressante pour EDF, à qui elle offrirait un partenaire de longue durée. Rosatom est l’acteur le plus actif sur le marché mondial du nucléaire, qui connaît une timide relance à la faveur de la lutte contre le réchauffement climatique.

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Critiqué pour ses missions de conseil à deux filiales de Rosatom, Henri Proglio, PDG d’EDF de 2009 à 2014, rappelle, lui aussi, les liens anciens entre le groupe russe et la filière nucléaire française. « Rosatom utilise et achète depuis longtemps pour ses centrales les turbines Arabelle fabriquées par Alstom, puis par General Electric, c’est même son principal client », souligne-t-il dans un entretien au Journal du dimanche du 6 mars. Actuellement, la moitié du carnet de commandes des turbines Arabelle de l’usine de Belfort est assurée par le client russe, indique-t-on à Bercy. Sanctionner le géant russe risque de pénaliser EDF et Framatome, même si elle frapperait aussi Rosatom, qui ne pourrait pas mettre en service sa centrale d’Akkuyu fin 2023 comme prévu.

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