Enseignant-chercheur en gestion, une profession en observation

La disputatio est un art du débat, de la controverse qui nous renvoie aux universités du Moyen Age, où elle était une méthode d’enseignement et de recherche. La section du Conseil national des universités (CNU) consacrée aux sciences de gestion et du management se propose de la remettre au goût du jour à travers un ouvrage paru aux Presses universitaires de Provence : La Disputatio au cœur du management.

D’actuels et d’anciens membres de cette institution se retrouvent ainsi pour mener au fil des pages « une discussion entre pairs mobilisant arguments et contre-arguments ». L’ouvrage collectif, réalisé sous la direction d’Aude Deville, professeure des universités en sciences de gestion et du management à l’université Côte d’Azur-IAE de Nice, est l’occasion pour eux de mettre en relief les enjeux, qui touchent aujourd’hui l’enseignement et la recherche de leur discipline. Ils ne manquent pas.

« La Disputatio au cœur du management. Débats et contoverses », ouvrage collectif, sous la direction d’Aude Deville, Presses universitaires de provence, 270 pages, 21 euros. « La Disputatio au cœur du management. Débats et contoverses », ouvrage collectif, sous la direction d’Aude Deville, Presses universitaires de provence, 270 pages, 21 euros.

De fait, l’ouvrage est publié alors que « de multiples débats se font jour sur la gouvernance du système universitaire, notamment dans le processus de recrutement et de promotion des enseignants-chercheurs », soulignent les auteurs. Des débats qui font tout particulièrement écho à la promulgation, en décembre 2020, de la loi de programmation de la recherche (dite « LPR »), évoquée à de nombreuses reprises dans l’ouvrage et source d’inquiétudes au sein du CNU.

Malaise

Le conseil a pour mission de se prononcer sur la qualification, le recrutement et la carrière des professeurs des universités et des maîtres de conférences. Or, rappelle l’ouvrage, la LPR « vient bouleverser les pratiques de recrutement des enseignants-chercheurs puisque, désormais, il est possible de [les] recruter sans passer par la qualification du CNU », qui se voit, par conséquent, « remis en cause ».

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Sur cette thématique du recrutement, comme sur beaucoup d’autres égrainées au fil des chapitres, c’est un sentiment de malaise qui domine. Le livre concentre ainsi les inquiétudes qui parcourent aujourd’hui la profession d’enseignant-chercheur en sciences de gestion et du management. Les problèmes d’effectifs et de « sous-encadrement » sont par exemple évoqués : « Le ratio enseignants-chercheurs/étudiants est de un pour 53 en économie et gestion, contre un pour 25 en moyenne dans l’université. »

L’évolution du métier est, dans le même temps, soulignée. « Un malaise est observé dans la profession en raison de la dégradation des conditions de travail : mécontentements dus à la bureaucratisation croissante du métier, à la dévalorisation de la pédagogie, à la difficulté à rechercher des financements de travaux de recherche, à la difficulté de concilier vie privée et vie professionnelle qui s’est accélérée depuis la crise liée à l’épidémie », expliquent plusieurs des auteurs.

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