Energie : la moitié des réacteurs nucléaires sont à l’arrêt, et le problème pourrait durer des années

Mais un phénomène inattendu et encore largement inexpliqué de corrosion sur des soudures dans les tuyauteries, a contraint EDF à mettre en arrêt 12 réacteurs pour expertise approfondie et, le cas échéant, réparations. D’après l’Autorité de sûreté nucléaire, paradoxalement, les réacteurs les plus anciens (les 900 MWe) « pourraient ne pas être touchés », alors que les réacteurs les plus récents (les N4 et les 1300 MW) sont les plus sévèrement atteints.

Production réduite

Interrogé sur le sujet par les sénateurs mercredi, Bernard Doroszczuk, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), s’est montré rassurant sur l’état de sûreté des centrales, mais inquiétant sur les fermetures de réacteurs qui seront nécessaires pour maintenir ce niveau de sûreté. Les pouvoirs publics doivent d’après lui les prendre en compte pour ne pas tomber dans « l’impasse d’une politique énergétique mal calibrée. »

Ces dernières années, la production annuelle est demeurée sous la barre des 400 térawattheures (TWh). En 2020, le parc des réacteurs français ne fournissait plus que 67 % de la production électrique, le niveau le plus faible depuis 1985. Depuis une semaine, la production nucléaire n’a pas dépassé 28,8 GW pour une puissance installée de 61,4 GW. Et la chaleur ou la sécheresse, et donc le niveau des rivières, pourraient aussi avoir des conséquences dans les prochains semaines.

En 2022, la production pourrait même dégringoler sous la barre des 300 TWh, selon les prévisions d’EDF, contre environ 415 TWh sur la période 2002-2015.

D’autres mises à l’arrêt ?

Le président de l’ASN Bernard Doroszczuk a ainsi estimé que le traitement des problèmes de corrosion sur les réacteurs d’EDF « prendra plusieurs années ». Craignant un défaut générique, l’entreprise publique a en effet prévu d’inspecter l’ensemble du parc de ses 56 réacteurs en France. Et s’il s’agit bien d’un problème générique, il y aura de nouvelles longues mises à l’arrêt qui finiront par peser sur la production d’énergie.

« Des mises à l’arrêt supplémentaires de réacteurs pourraient avoir lieu », prévient le responsable de l’ASN devant les parlementaires.

« Les réacteurs à l’arrêt ont fait l’objet de découpe de tuyauterie pour réaliser des expertises afin de comprendre le phénomène. La réparation sera assez complexe. On pourra récupérer les réacteurs N4 (ndlr : les plus puissants) d’ici la fin de l’année » a expliqué Bernard Doroszczuk, en précisant que « des incertitudes portent sur les réacteurs de 1300 MW ».