Énergie : gaz, pétrole… les Européens cherchent désespérément à couper le fil russe

Il va falloir que chaque pays « remplisse ses stocks de gaz au maximum » et surtout « trouver d’autres fournisseurs alternatifs » a adjuré Barbara Pompili, la ministre française pour la transition écologique, venue devant la presse rendre compte des résultats de la réunion. Pour arriver à faire baisser le prix qui flambe sur la scène mondiale, chacun mise sur la future plateforme d’approvisionnement en commun, constituée de façon volontaire. Pour pallier aux pénuries, l’enjeu est de très rapidement arriver à interconnecter tous les réseaux nationaux électriques ou de gaz. La Commission européenne a promis un financement européen. La République tchèque a ainsi annoncé sa décision de relancer le projet de gazoduc Stock II avec la Pologne afin de permettre l’acheminement de gaz liquéfié (GNL) arrivant dans les ports polonais de la Baltique.

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Économiser l’énergie

Nous ne pourrons cependant pas remplacer tout le gaz venant de Russie

« Mais nous ne pourrons cependant pas remplacer tout le gaz venant de Russie », a tenu à avertir la commissaire européenne, l’Estonienne Kadri Simson, chargée de l’énergie. Il va falloir « diversifier notre manière de produire l’électricité et de nous chauffer », a renchéri Barbara Pomili. C’est l’objectif du plan dénommé sous le nom barbare de « RepowerEU », que doit présenter la Commission européenne d’ici quelques jours, le 18 mai. Plan qui devrait être disséqué par les chefs d’État et de gouvernement, au sommet extraordinaire au lendemain de l’Ascension, les 30 et 31 mai.

Un embargo sur le pétrole ?

Quant à la mise en place d’un embargo sur le pétrole, qui fait s’agiter le tout Bruxelles actuellement, le sujet n’a pas vraiment été abordé. « Ce n’est pas vraiment de la responsabilité des ministres de l’Énergie », a mis en avant la Française Barbara Pompili. De fait, les discussions continuent entre les différents pays européens, au niveau des ambassadeurs, pour tenter d’arriver à un compromis, permettant à la Commission européenne de mettre sur la table une proposition en bonne et due forme. Et si décision il y a, elle pourrait être prise par les ministres des Affaires étrangères, lundi 15 mai… Au plus tôt !

L’accord n’est pas aisé. Certes certains pays à l’image de l’Allemagne, jusqu’ici plutôt réticente, se sont dits prêts à soutenir cette mesure drastique. Surtout si… elle n’entre pas en vigueur tout de suite. « Il serait utile de disposer de semaines ou de mois pour effectuer tous les préparatifs techniques », a ainsi précisé à Berlin le ministre allemand de l’Économie Robert Habeck. Position similaire de la Belgique qui milite pour un « embargo progressif » permettant aux pays les plus dépendants de trouver des solutions. « La Belgique est dépendante jusqu’à 30 % du pétrole russe. Nous devons trouver les moyens de remplir ces 30 % autrement », a souligné la ministre belge Tinne Van der Straeten. Se fournir ailleurs est nécessaire. « Mais le plus important est d’être indépendant de manière structurelle, d’accélérer la transition énergétique », a plaidé la ministre écologiste.

Il reste encore cependant quelques irréductibles. La Hongrie, par la voix de Gergely Gulyás, le chef de cabinet du premier ministre Viktor Orban, a prévenu. C’est Non et Non. « Les Hongrois ne devaient pas payer le prix de la guerre. Nous devons pouvoir continuer à acheter notre énergie au prix le moins cher possible ». Une position partagée discrètement par quelques pays alimentés par le biberon russe : la Slovaquie ou l’Autriche notamment. Une solution de compromis est en cours de réflexion. Ce pourrait être un embargo… à la carte. Il permettrait aux États les plus dépendants de continuer à s’approvisionner en Russie jusqu’au moins la fin de l’année, voire un peu plus.