En Lot-et-Garonne, une nuit de feu contre le gel

Karine Duc a maintenu le feu une partie de la nuit et de la matinée, pendant que son époux ventilait la fumée dans les rangs des jeunes vignes à l’aide du tracteur.

Karine Duc a maintenu le feu une partie de la nuit et de la matinée, pendant que son époux ventilait la fumée dans les rangs des jeunes vignes à l’aide du tracteur.

Thierry Daniel Vidal/ « SUD OUEST »

Au volant du tracteur, son époux ventile la fumée dans les rangs. Le père de la jeune femme lui donne un coup de main pour retourner le foin enflammé. La fumée doit rester vigoureuse encore plusieurs heures. Derrière l’écran de fumée, effectivement, la température augmente. La protection semble fonctionner.

C’est capital pour Karine. « Nous avons planté les premiers pieds l’an dernier, continué cette année et là, il nous reste 1 000 pieds à planter. » L’an passé, lors de la vague de gel, elle avait mis sous gaine de plastique ses pieds tout neufs. « Cette année, nous avons taillé court pour faire du bois et donner de la vigueur… »

– 4 °C au Temple-sur-Lot

Ancienne animatrice de la Coordination rurale, la jeune femme s’est lancée dans la production de raisin de table bio. Au fond de son domaine de trois hectares, elle a également planté des kakis. Ces premières années sont vitales. « Nous espérons faire notre première récolte l’an prochain. » Si le gel ne fait pas de ravages…

D’autres agriculteurs ont choisi l’eau contre le gel. « J’ai arrosé les kiwis et les poires, mais pas les pêches, alors je croise les doigts », témoigne un producteur de Montesquieu, sur le marché du Pin.

D’autres agriculteurs ont choisi l’eau contre le gel. « J’ai arrosé les kiwis et les poires, mais pas les pêches, alors je croise les doigts », témoigne un producteur de Montesquieu, sur le marché du Pin.

Thierry Daniel Vidal/ « SUD OUEST »

« Derrière l’écran de fumée protecteur, la température est maintenue à zéro degré »

Alors allumant, retournant le vieux foin racheté à un agriculteur qui ne pouvait pas le donner à ses bêtes, elle veille sur ses plants. La nuit de samedi à dimanche 3 avril, mais aussi les deux qui arrivent. Dans la plaine de la Garonne, ce sont des bougies qui embrasent le paysage, aux pieds des pommiers, des actinidias qui donneront les kiwis.

L’eau projetée sur les arbres forme une gaine protectrice autour du bourgeon, le préservant du gel.

L’eau projetée sur les arbres forme une gaine protectrice autour du bourgeon, le préservant du gel.

Thierry Daniel Vidal/ « SUD OUEST »

Karine, entre deux coups de fourche, ne quitte pas son téléphone. « On s’envoie des SMS entre agriculteurs, pour se tenir au courant des températures. Nous, on est à -2, mais au Temple-sur-Lot, ils sont descendus à -4 °C vers 3 heures du matin. »

Les fraises en avance

À côté du Temple, à Fongrave, la famille Bellitou a passé sa journée de samedi à protéger ses serres de fraises. « Des serres non chauffées, ici, tous les fruits sont de saison », explique Soulaiman, même pas 30 ans, qui travaille sur une partie de l’exploitation familiale. Dans les serres avec des fraises hors-sol, « nous avons récupéré des plastiques pour mettre des protections supplémentaires entre les rangs ». Si, en plein après-midi, la chaleur se fait sentir, « dans la nuit, nous savons qu’il y a trois degrés de différence… Et en dessous de zéro, les dégâts sur les fleurs sont irréparables ». La plupart des variétés ne sont pas remontantes, « où alors de moindre qualité… » Ce qui tracasse ces maraîchers, ce sont les plantations plein champs. Leur tunnel de plastique paraît bien fragile… « Cette année, les fraises sont déjà bien avancées. Beaucoup de variétés sont déjà en fleur. »

Soulaiman Bellitou, à Fongrave, a enveloppé ses fraises dans du plastique ou de la toile P 17 pour maintenir la chaleur. À zéro degré, la fleur, précoce cette année, peut s’abîmer.

Soulaiman Bellitou, à Fongrave, a enveloppé ses fraises dans du plastique ou de la toile P 17 pour maintenir la chaleur. À zéro degré, la fleur, précoce cette année, peut s’abîmer.

Thierry Daniel Vidal/ « SUD OUEST »

Soulaiman ne cache pas son inquiétude. « On sait déjà que sur ces pieds, nous allons avoir des dégâts », soupire-t-il en désignant un tunnel d’Aprica. Une nouvelle variété un peu précoce. Mais là, les fleurs explosent et les fruits, déjà se dessinent. Dans d’autres rangs, il a paillé, « avec un peu d’avance », et un peu à la hâte. Ses traits sont tirés, il travaille d’arrache-pied depuis avant l’aube.

Dans la partie au sol, le jeune agriculteur a paillé et couvert d’un film plastique ses fraises, parfois déjà bien rouge. « On doit commencer à récolter ce lundi 4 avril ».

Dans la partie au sol, le jeune agriculteur a paillé et couvert d’un film plastique ses fraises, parfois déjà bien rouge. « On doit commencer à récolter ce lundi 4 avril ».

Thierry Daniel Vidal/ « SUD OUEST »

« De toute façon, il faudra attendre quelques jours avant de connaître l’ampleur des dégâts. Les taches noires sur les fleurs n’apparaissent qu’au bout de quelques jours », explique le jeune agriculteur. Dans d’autres serres, là où les fleurs sont les plus avancées, c’est du P 17 qui entoure les plants, un voile qui laisse passer l’air. Et comme il n’y en a pas assez, « là encore, nous avons récupéré du plastique, mais nous ne l’agraferons qu’au dernier moment ». Quand les températures seront plus clémentes, en milieu de matinée, c’est la première chose qui sera enlevée. « Il ne faut pas laisser l’humidité s’installer, sinon, avec la pourriture, le remède risque d’être pire que le mal… »