En Espagne, la hausse des prix alimente la colère sociale

« Ni héros ni fascistes : seulement des transporteurs », peut-on lire à l’avant d’un camion lors d’une grève des salariés de la filière pour réclamer de meilleures conditions de travail, à Valence (sud de l’Espagne), le 21 mars 2022. « Ni héros ni fascistes : seulement des transporteurs », peut-on lire à l’avant d’un camion lors d’une grève des salariés de la filière pour réclamer de meilleures conditions de travail, à Valence (sud de l’Espagne), le 21 mars 2022.

A la veille du Conseil européen des jeudi 24 et vendredi 25 mars, les deux grandes centrales syndicales espagnoles, ainsi que les principales associations de consommateurs, ont prévu une manifestation à Madrid pour dénoncer la flambée des prix des carburants, du gaz et de l’électricité, mercredi 23 mars. Il s’agit du dernier épisode de protestation qui secoue l’Espagne depuis plus d’une semaine, sur fond d’inflation à 7,5 %. Partout, le même malaise s’exprime dans les cortèges : « La hausse des prix nous ruine », clame la foule.

Vêtus de gilets orange – un clin d’œil aux « gilets jaunes » français –, plus de 150 000 agriculteurs et éleveurs ont défilé dans la capitale, dimanche 20 mars, pour fustiger la hausse des coûts de l’essence et exiger des solutions en faveur du monde rural.

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La veille, quelques milliers de personnes avaient foulé le pavé, à Madrid et Barcelone, contre ceux de l’électricité, dont la facture aux particuliers a crû de 80 % en un an, malgré la baisse des principales taxes approuvée dès septembre 2021. Lundi 21 mars, la confédération des confréries de pêcheurs, représentant près de 40 000 personnes et près de 10 000 embarcations, a amorcé une grève qui doit durer jusqu’à mercredi. Elle s’ajoute à celle commencée lundi 14 mars par les transporteurs routiers, qui met à l’épreuve la chaîne d’approvisionnement des supermarchés et des industries.

L’extrême droite en première ligne dans les manifestations

Routes bloquées, barrages et piquets de grève, ponctués d’affrontements entre grévistes et non-grévistes, traduisent le mécontentement social grandissant contre le gouvernement de gauche dirigé par le socialiste Pedro Sanchez. Il est accusé de ne pas agir face à l’envolée de 25 % des prix de l’essence et de 35 % de ceux du diesel, depuis décembre 2021.

Malgré tout, le pouvoir de Madrid se refuse pour le moment à baisser les taxes sur les carburants, comme le réclame l’opposition, ou à débloquer un chèque inflation, ainsi que le proposent ses partenaires de la gauche radicale Podemos. Il tente de gagner du temps. M. Sanchez a bien promis un « plan national de réponse à l’impact de la guerre en Ukraine », mais il ne devrait être détaillé et approuvé que le 29 mars, en conseil des ministres.

Pour mieux diversifier les sources d’approvisionnement énergétique, le premier ministre, Pedro Sanchez, défend la reprise du projet de gazoduc dans les Pyrénées, baptisé « MidCat »

Objectif : attendre les décisions qui pourraient être prises lors du Conseil européen, où Madrid entend plaider pour une politique énergétique commune, qui passe, en particulier, par la dissociation du prix du gaz de celui du reste de l’électricité. Grâce aux règles du marché unique européen de l’électricité, régi par le principe du coût marginal, les producteurs d’énergies renouvelables, payés au prix du gaz, enregistrent des bénéfices record. Le gouvernement envisage de les imposer. Pour mieux diversifier les sources d’approvisionnement, Pedro Sanchez défend aussi la reprise du projet de gazoduc dans les Pyrénées, baptisé « MidCat ».

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